Parce qu'on est à deux pas d'Hollywood et que la lumière a un côté "nuit américaine", on pourrait croire un instant qu'un film se prépare et que le fauteuil est celui d'un réalisateur dont le nom serait inscrit sur l'arrière du dossier. Mais le pliant fatigué n'est que celui d'un vendeur de babioles qui, ayant replié son étal, s'apprête à passer la nuit sur place, gardant comme d'autres un bout de territoire sur l'avenue longeant la plage. Avenue qui, en moins d'une heure, aura troqué son effervescence bariolée de l'après-midi contre une tension sourde et pas très rassurante.
lundi 25 janvier 2010
Amériques (8)
Parce qu'on est à deux pas d'Hollywood et que la lumière a un côté "nuit américaine", on pourrait croire un instant qu'un film se prépare et que le fauteuil est celui d'un réalisateur dont le nom serait inscrit sur l'arrière du dossier. Mais le pliant fatigué n'est que celui d'un vendeur de babioles qui, ayant replié son étal, s'apprête à passer la nuit sur place, gardant comme d'autres un bout de territoire sur l'avenue longeant la plage. Avenue qui, en moins d'une heure, aura troqué son effervescence bariolée de l'après-midi contre une tension sourde et pas très rassurante.
dimanche 24 janvier 2010
Bonheurs en petite monnaie (3)
Une terrasse presque vide avant la saison touristique. A en croire l'indice du quartier de citron restant dans l'assiette, sans doute un poisson grillé au menu. Et puis un verre robuste pour le vin qui cogne et l'indispensable paquet de Drum pour celle qui fumait encore à cette époque.
Retrouver cette photo "ordinaire" (qui, sans la précision "Péloponnèse" aurait pu être prise à beaucoup d'endroits), c'est comme remettre la main sur quelques drachmes au fond d'une poche ou d'un tiroir. De la petite monnaie que l'on ne peut plus changer, et c'est très bien ainsi car on n'a aucune intention de le faire.
samedi 23 janvier 2010
vendredi 22 janvier 2010
jeudi 21 janvier 2010
mercredi 20 janvier 2010
Chambres d'hôtel (29)
Dartmouth en vert et blanc. Le vert des pelouses parfaitement entretenues et le blanc des "fraternités" cossues aux abords du campus. Le vert aussi des frondaisons sous lesquelles se nichent les bâtiments de briques de l'Université et le blanc de la neige qu'on imagine sans peine, le temps venu, recouvrir de son silence feutré ce petit coin de l'Amérique aisée. Mais derrière cette façade lisse et comme il faut, le souvenir que c'est la même Dartmouth qui, bien peu déguisée, est le théâtre des excès des "Lois de l'attraction" de Bret Easton Ellis. Et derrière les apparences, un peu de cette ambivalence aussi dans la chambre du Hanover Inn où l'on me loge et dont on insiste à me vanter le luxe plutôt tape-à-l'œil du lit à baldaquin King Size.
mardi 19 janvier 2010
lundi 18 janvier 2010
Cinéma, Cinémas (4)
Ce film ou un autre, je ne sais plus. Ce dont je me souviens nettement, c'est d'une salle immense, remplie à ras bord d'un public d'hommes particulièrement expansifs. Me revient ainsi en mémoire la standing ovation et la salve nourrie d'applaudissements lorsque — peut-être une demi-heure après le début de la projection — apparut lentement, à contre-jour dans l'encadrement d'une porte violemment rétro-éclairée et sur une musique appuyée, l'ombre de celui qui était visiblement "la" star attendue. Souvenirs plus vagues sinon d'une intrigue à la fois complexe et désespérément simple, faite d'alliances et de trahisons familiales, de fêtes somptueuses et de ruines, de romances mièvres et de violences gore. Et toujours et partout, sur l'écran comme dans la salle et à l'extérieur de celle-ci, lorsque l'interminable séance en deux parties m'aura rendu à la rue, le bruit et la foule.
dimanche 17 janvier 2010
Citations (6)
"Il faut qu’il y ait, dans les choses représentées, le murmure insistant de la ressemblance ; il faut qu’il y ait, dans la représentation, le repli toujours possible de l’imagination."(M. F.)
"Je cherche en même temps l'éternel et l'éphémère."
(G. P.)
Dans les années 90, j'ai écrit un livre scientifique avec, en exergue, ces deux citations. En parallèle, j'ai fait des photos et peu à peu compris que mon intérêt pour les images, même s'il joue dans un registre différent, partage beaucoup avec mes préoccupations de travail de recherche. S'il fallait trouver un fil directeur dans ce que j'ai fait et continue de faire, on pourrait dire que cela se résume en deux mots : la représentation et le temps. Représentation dans le sens basique de "re-présentation", c'est-à-dire décrire une même "réalité" dans des espaces transformés par rapport à celui dans lequel on l'observe, espaces tous équivalents et interchangeables d'une certaine manière mais tous différents dans la mesure où ils offrent chacun un point de vue spécifique, particulier, plus ou moins adapté à l'information que l'on cherche à découvrir, extraire, analyser. Temps ensuite parce que tout est dynamique, évolutif et changeant dans le monde et que tout s'y rapporte, avec le paradoxe que les modèles mathématiques reposent le plus souvent, pour en rendre compte, sur des idées d'invariance qui excluent l'intuition de pouvoir concilier l'instantanéité et la permanence. Et la photo dans tout cela ? Eh bien qu'est-ce que la photographie si ce n'est de figer une forme de reproduction particulière de la réalité dans un presque instant et de lui permettre ensuite de continuer à vivre ? La photo comme vision intermédiée, comme preuve du temps, comme mémoire, comme citation. La photo ouverte aussi sur tant de passerelles avec d'autres et jusque fondue dans ses propres paysages intermédiaires. Et ce billet pour préciser un peu, près de 5 mois après l'avoir ouvert, ce en quoi il me semble s'est décanté le ton (dont l'exportation hasardeuse peut se révéler au mieux réductrice, au pire désastreuse) de ce blog.
samedi 16 janvier 2010
Cinéma, Cinémas (3)
Que Truffaut soit distribué et apprécié aux Etats-Unis, on le savait pour les grandes métropoles comme San Francisco ou New York (qui longtemps s'est enorgueilli d'un cinéma très "nouvelle vague" dans Greenwich Village, existe-t-il encore ?). Mais trouver Jules et Jim à l'affiche d'une salle du "centre ville" de Tampa, voilà qui a de quoi surprendre…
vendredi 15 janvier 2010
Paysages intermédiaires (12)
Il y a des frontières bien marquées et d'autres, comme ici, plus diffuses. S'il en est ainsi des territoires, pourquoi en irait-il différemment pour les images ?
jeudi 14 janvier 2010
mercredi 13 janvier 2010
Bonheurs en petite monnaie (2)

Paris, juin 1998
Week-end à Paris avec ma fille M que j'emmène deci delà, dans ces lieux où j'allais souvent presque vingt ans plus tôt.
Dîner sous la verrière du Bouillon Chartier — juste en face de feu Le Palace —, goûter à la Pâtisserie Viennoise de la rue de l'Ecole de Médecine, pause à la terrasse de La Palette rue de Seine.
Deux touristes dans des endroits devenus bien sûr plus touristiques, mais Paris sera toujours Paris !
mardi 12 janvier 2010
Chambres d'hôtel (28) et Photos que l'on aurait pu prendre (9)
Si je me souviens du Gershwin Hotel, c'est un peu bien sûr pour son décor chargé et simili bohème, mais surtout pour y avoir fait l'erreur de laisser mon sac de voyage adossé au radiateur de la chambre. Froid le matin — comme il l'était la veille — mais brûlant le soir à mon retour, ce radiateur de belle facture, posé fièrement en avancée par rapport au mur, ne pouvait laisser que peu de chances aux rouleaux de pellicules rangés dans une des poches extérieures du sac en contact direct avec la fonte. Parmi les quelques dizaines d'images perdues, deux ou trois du Chelsea Hotel devant lequel j'étais passé bien des fois en me disant qu'un jour peut-être... et où j'étais allé la veille jusqu'à entrer pour prendre une carte de visite. Accueil distant, lobby sans charme particulier, photos sans doute quelconques. Me reste la carte.


lundi 11 janvier 2010
dimanche 10 janvier 2010
Chambres d'hôtel (27)
Trajet de train interminable de Bucarest à Brasov avec le Professeur B. et arrivée tardive dans cet hôtel "officiel" dont je n'ai pas gardé trace du nom. Gardien contrarié de devoir se lever et rallumer son cagibi pour nous donner nos clés. Chambre froide, peu hospitalière, à la fonctionnalité quelque part entre la colonie de vacances et l'hôpital (le gros téléphone en bakélite est tentant, mais il est trop tard pour essayer d'appeler). Le lendemain matin, salle de petit-déjeuner presque entièrement remplie par une équipe sportive en survêtement. Départ sans beaucoup de regrets.
samedi 9 janvier 2010
vendredi 8 janvier 2010
jeudi 7 janvier 2010
Chambres d'hôtel (26)
Dans "L'image fantôme", Hervé Guibert écrit au chapitre "La chambre" (page 70) : "Une chambre d'hôtel qui n'est pas photographiable (où l'on n'a envie de prendre aucune photo) est déjà une mauvaise chambre. Quand on arrive dans une ville, la première chose est de photographier sa chambre, comme pour marquer son territoire, photographier son reflet dans les miroirs, comme pour marquer son appartenance provisoire, comme pour amortir son prix, comme un premier certificat de présence. Ou alors on occupe la chambre, aussitôt, en y faisant l'amour."
Je ne dirais pas que l'Hotel Lorena où je descends ce jour-là — à deux pas du Soggiorno San Lorenzo où nous allions autrefois, juste de l'autre côté du marché San Lorenzo — offre de mauvaises chambres mais, ce qui est sûr, c'est que je suis seul. La chambre d'angle que j'occupe est organisée un peu en bazar, avec un grand miroir en tête de lit dans lequel se reflète celui plus petit au-dessus de la table de travail et, plus que d'agrandir la pièce, ces jeux de renvois accentuent bizarrement son côté un peu étriqué et soulignent la circulation difficile autour du lit qui occupe presque tout l'espace.
Il n'empêche qu'à peine arrivé, mon premier réflexe aura bien été de "photographier [m]on reflet dans les miroirs"…
mercredi 6 janvier 2010
Cartes postales
Douz, avril 1996Il en va des cartes postales comme des cabines téléphoniques : naguère compagnons incontournables du voyage, elles sont aujourd'hui presque introuvables.
Souvenirs — d'avant le nomadisme et la mobilité ubiquitaires — de la petite monnaie à mettre de côté pour les machines à pièces, de la question faussement triviale de savoir sinon où trouver une carte téléphonique (bureau de tabac ? kiosque à journaux ? bureau de poste ?), des appels en PCV dans les cas extrêmes… Et souvenir aussi du plaisir de s'asseoir en terrasse pour écrire tranquillement quelques mots pesés au dos d'une image (volontairement choisie un peu kitsch) que l'on ne postera quelquefois que le jour du départ, faute d'avoir trouvé le timbre ou la boîte aux lettres plus tôt (par précaution, on rajoutait alors quelque chose comme : "Lorsque tu recevras cette carte, je serais sans doute déjà rentré" ou "En espérant que cette carte te parvienne avant mon retour").
Question message, un mél ou un billet sur un blog font désormais sans doute aussi bien (voire mieux si l'on s'en tient à l'efficacité), mais il y a peu de chances qu'ils finissent un jour fixés au frigo par un aimant !
mardi 5 janvier 2010
lundi 4 janvier 2010
dimanche 3 janvier 2010
Photos que l'on aurait pu prendre (7)
Je me réveille et la nuit sous mes paupières est un paysage changeant, zébré de lumières fluctuantes et fugaces disparaissant sitôt que je veux les fixer, tapis de nébuleuses instantanées explosant silencieusement et poussière d'étoiles que je "balaie du regard". J'ouvre les yeux et l'obscurité est encore telle que rien ou presque ne semble différent, si ce n'est que se dessine la tache à peine plus claire de ma main sur l'oreiller et que je distingue bientôt le profil de ton épaule. Peu à peu, une image qui ne sera jamais une photo se met en place, longtemps avant celle que je prendrai quelques heures plus tard lorsque la lumière du jour aura investi la chambre.
samedi 2 janvier 2010
Chambres d'hôtel (25)
Il y a des hôtels où l'on a toujours rêvé d'aller — souvent pour des raisons de cinéma — et dont on ne connaîtra sans doute jamais les chambres, soit parce qu'ils sont déraisonnablement chers (comme, au Lido, l'Hôtel des Bains de "Mort à Venise" ou, à San Diego, l'Hotel del Coronado de "Certains l'aiment chaud"), soit parce que, le temps de se décider, ils auront été détruits ou auront changé d'âme (comme, à Saint Nazaire, l'Hôtel de la Plage des "Vacances de Monsieur Hulot" ou, dans le désert californien, le Jacumba Hotel dont une séquence de "Cinéma, Cinémas" a immortalisé le souvenir du tournage de "Beggars of life" avec Louise Brooks).
Et puis il y a aussi les hôtels comme ça (comme, à Orta San Giulio, l'Hôtel Orta) dont on se dit, campant à côté en famille, que c'est à deux qu'il faudra y revenir, si possible en semaine et de préférence hors saison. Mais le temps passe, les circonstances ne s'y prêtent pas et on ne pousse jamais plus loin que la salle de restaurant ou la terrasse du café attenant. Alors on se plaît à croire que c'est l'Hôtel Orta qui lui aussi nous attend, intemporel et égal à lui-même tout au bout de la place piétonne, face à l'Isola San Giulio. Et qu'un jour sûrement…
Bonheurs en petite monnaie (1)
Le train, qui seul traverse ces "cinq terres" dépourvues de routes, nous avait posés à Corniglia, juste au pied des longues volées de marches menant jusqu'au village haut perché au-dessus de la voie et à une chambre trouvée grâce à un numéro de téléphone dans un vieux City. La chambre était étroite et sombre, occupée à moitié par une immense armoire à glace, mais le belvédère était au bout de la ruelle et il y avait de la focaccia dans la boulangerie-comptoir juste à gauche en sortant.
Presque personne dans cette entre-deux où l'été finissant ne se décidait pas encore à laisser la place à l'automne. Souvenir de marches tranquilles sur des corniches escarpées et de descentes abruptes dans des criques désertes où se baigner donnait une impression d'évidence d'être totalement dans l'instant, ni dans des allers-retours avec un passé fait de regrets ou d'autres bonheurs, ni dans un futur avançant les pions de ses projets et de ses soucis, mais d'être juste là, synchrones, et d'en avoir une conscience pleine et entière.
Et le train qui allait venir bientôt nous ramènerait à Gênes en refermant une parenthèse non pas parfaite mais proche de quelque chose de l'ordre de "l'exactitude".
lundi 28 décembre 2009
Photos que l'on aurait pu prendre (6)
Y a-t-il un temps pour photographier ? Un état sans doute, mais pourquoi faudrait-il le prétexte d'un événement particulier, d'un voyage ou d'un écart à l'habitude pour fixer des images ? Beaucoup de "photos que l'on aurait pu prendre" ne l'ont pas été pour la simple raison qu'il aurait fallu disposer à ce moment-là d'un appareil que l'on n'avait pas sous la main mais, inversement, lorsque l'on a toujours sur soi de quoi photographier ("Shoot ? Toujours prêt !"), c'est la question de la nécessité qui s'invite car, comme pour la carte de Borges dont le souci de reproduction toujours plus fidèle de la réalité l'amène à être aussi grande que son objet, à lui être ainsi parfaitement superposable mais par là-même totalement inutile, à quoi bon la chimère d'espérer ne rien manquer de ce qui peut s'offrir à notre regard, et d'en garder trace ?
vendredi 25 décembre 2009
jeudi 24 décembre 2009
La disparition des chapeaux
Les photos de Louis Faurer, Saul Leiter ou Sergio Larrain, sans parler de Belmondo dans "A bout de souffle", Piccoli dans "Le mépris", ou Desailly dans "La peau douce"… Jusqu'au milieu des années 60, le chapeau est omniprésent sur les images de rue et de foules, et gage de photogénie. Très vite cependant, tout bascule et plus rien ou presque (mai 68 : combien de chapeaux ?). Bien sûr, de Mitterrand à Pete Doherty en passant par Indiana Jones, on verra encore des chapeaux d'affichage mais, il faut se rendre à l'évidence, l'homme de la rue ne porte plus de chapeau depuis belle lurette. Que s'est-il passé ? Qui dira le mystère de la disparition des chapeaux ordinaires ?
mercredi 23 décembre 2009
mardi 22 décembre 2009
Chambres d'hôtel (24)
Canton, avril 1986Au début, on croit que c'est un souvenir comme un autre, une chambre d'hôtel de plus dont a retrouvé la trace en se baladant dans des boîtes d'archives. On revoit vaguement la chambre elle-même et la photo nous remémore son côté spartiate, avec la toute petite table de travail et la chaise de bureau — skaï et pieds grêles — qui toutes deux s'accordent au lit que l'on ne voit pas, mais qui était de fer et étroit. Et puis, un zoom arrière mental renvoie à la Guest House du South China Institute of Technology dans son entier, bizarrement posée à deux pas d'un étang infesté de moustiques en un coin reculé du campus. Et comme naturellement, on se souvient par enchaînement que, l'hôtel étant réservé aux étrangers alors encore peu nombreux à se rendre en Chine, nous ne sommes le premier soir que deux à partager une salle à manger faite pour cinquante. Conversation d'exilés temporaires, échange de civilités et, de fil en aiguille, la confidence faite à cet inconnu que tu es enceinte. Mais cet enfant que tu portais alors, nous ne le connaîtrons jamais, et cela je ne le sais évidemment pas encore. Et il suffit ainsi d'une image factuelle, un peu pauvre, pour que remonte aujourd'hui à ma mémoire le flux de réalité soudainement plus concrète attachée ce jour-là à cette évocation par le fait même de l'énoncer et qui, peu à peu, la douleur apaisée, se fera de nouveau progressivement abstraite et glissera vers toujours plus d'oubli au fil du temps.
Pourquoi y repenser maintenant ? Peut-être pour avoir réalisé que, à côté de la série des "chambres d'hôtel", le thème poursuivi en parallèle des "photos que l'on aurait pu prendre" est sans doute aussi une façon d'aller du côté des "chemins que l'on aurait pu suivre" et des "vies que l'on aurait pu avoir". Et que, comme pour les photos prises pendant toute une existence qui, tous temps de pose cumulés, ne représentent guère que quelques minutes tout au plus, c'est beaucoup dans les instants brefs de ses bifurcations qu'une existence s'écrit.
lundi 21 décembre 2009
dimanche 20 décembre 2009
Chambres d'hôtel (23)
Santorin, mai 1985En ce temps-là, nous voyagions au culot, débarquant un jour de printemps sur l'île de Santorin sans la moindre réservation et trouvant presque naturel que le hasard nous offre une chambre pas chère et parfaite — plafond voûté et terrasse sur la baie — dans un Hôtel Loucas venant à peine de ré-ouvrir et dont le blanchiment annuel des terrasses étagées n'était pas encore terminé.
Une adresse comme celle-ci, on la garde d'abord scrupuleusement pour soi, espérant un peu naïvement qu'elle échappe encore quelque temps aux guides de voyage dont elle semble curieusement absente. Quelques années plus tard, on la confie à des amis comme un secret, pour apprendre à leur retour que — saison plus avancée peut-être ? — une boîte de nuit disco s'est installée juste en-dessous de l'hôtel, se faisant un devoir de casser méthodiquement le silence que nous avions tant aimé.
samedi 19 décembre 2009
vendredi 18 décembre 2009
jeudi 17 décembre 2009
Chambres d'hôtel (22)
La probabilité est faible que la chambre 03-03 que j'occupe à l'Executive Centre de la Nanyang Technological University soit précisément celle ayant été choisie pour la photo, et il est plus facile d'imaginer qu'elle est vraisemblablement indifférenciable des 149 autres chambres réparties sur les 5 étages de l'hôtel.
En tout état de cause, la brochure n'est pas trompeuse…
mercredi 16 décembre 2009
Chambres d'hôtel (21)
Il a neigé et — la météo est formelle — il neigera encore bientôt. Par les fenêtres d'angle du Marriott qui est juste à l'extrémité du MIT, on surplombe un parvis venté que traversent sans s'attarder quelques silhouettes. Se perdant dans les brumes de l'autre côté de la Charles River, on devine les tours de Boston et, si le regard pouvait porter un peu plus loin encore sur la gauche, on aborderait à l'embouchure de la Mystic River, celle-là même autour de laquelle rôdera quelques années plus tard le film de Clint Eastwood. Si l'on tournait maintenant le dos au vitrage, cette singularité s'évanouirait d'un coup dans l'anonymat des Marriott du monde entier, dont l'agencement semblable est supposé rassurer ceux pour qui les hôtels ne sont plus de voyage ni de découverte, mais dont les chambres sont des bulles avec lesquelles ils se déplacent lorsqu'il faut bien se déplacer.

mardi 15 décembre 2009
lundi 14 décembre 2009
Singapour (2)

Oxymore pour une ville soucieuse d'ordre et de propreté, un "marché aux puces de Singapour" se tient le week-end dans les étages du centre commercial China Square Central. Beaucoup de jeux vidéo et de figurines de super-héros, mais aussi des échoppes d'authentique brocante, avec leur lot de bricoles quotidiennes obsolètes et de jouets en fer blanc, de vieux vinyls et de photos anciennes en vrac.
Au milieu du tout-venant des mariages et des réceptions, des photos d'identité en studio et des excursions, une image étonnante.
J'aime bien cette photo disposant comme un butin quelques objets de pas grand-chose sur une nappe. Je trouve ce petit théatre intime touchant et tomber par hasard, dans un marché aux puces climatisé, sur cette représentation de ce qui pourrait être un étal modeste sur un trottoir me plaît.
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