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vendredi 30 janvier 2015
samedi 19 juillet 2014
GAS FOOD LODGING
Californie, 1993
La carte routière ne s'embarrasse pas de certaines considérations pratiques ni ne varie au gré des contingences du moment. La carte, que l'on a dépliée/repliée pour le trajet du jour et que l'on garde à portée de regard sur le siège avant, marque une simple ligne qui file droit dans le mur d'une barre montagneuse avant de serpenter pour la franchir, de redescendre dans la vallée de l'autre côté et de glisser vers l'Océan. Mais la carte (du moins en cette époque déconnectée, pré-internet et pré-GPS, qui nous paraît aujourd'hui si lointaine) ne dit pas grand-chose des bords de route, de l'ouverture des commerces, des rencontres de passage et de la météo. Alors quand — venant des déserts de l'Est et traversant cette plaine sans fin sur un fond de bande FM sautant d'une station locale à l'autre — on se cale sans effort sur un rythme de croisière dont on a l'impression qu'on ne se départira pas avant plusieurs heures, c'est dans la route elle-même qu'on s'installe en une avancée comme en roue libre, méthodique et ronronnante, ponctuée à des intervalles de plus en plus espacés d'intersections dont on se convainc qu'elle ne sont pas fantômes au prétexte d'un sandwich ou d'un café dans une de ces épiceries-bar à tout-faire où l'on s'arrête en étant assuré d'être longuement dévisagé, en une jauge lente, dans le silence qui se fait sans faute dès que l'on en pousse la porte grillagée. Et c'est quand on est reparti depuis longtemps déjà que l'on s'inquiète tout à coup de devoir s'arrêter de nouveau pour trouver de l'essence, mais la route semble alors n'être plus la même. La scansion régulière des pompes perdues dans des localités improbables s'est interrompue sans crier gare, remplacée par des panneaux annonçant la prochaine station-service à une distance que l'on n'est pas sûr de pouvoir franchir, pas plus qu'on n'a idée de celle qu'il faudrait parcourir si l'on pensait préférable de rebrousser chemin. Si les montagnes qui s'approchent accélèrent la tombée du jour en interceptant les rayons du soleil couchant, l'obscurité a décidé de prendre de l'avance différemment encore, amplifiée par un ciel devenu noir en quelques minutes, prélude à un orage king size. En écho dérisoire à l'aveuglement fugitif de chaque croisement, les pleins phares peinent à trouer les gerbes d'eau que soulèvent les camions que l'on frôle. Pluie qui redouble, rideau devenant infranchissable, visibilité réduite à quelques mètres, on s'arrête en urgence sur un bas-côté transformé en lac. De l'autre côté de la route devenue torrent, un truck de road-movie fait de même, tous feux allumés et moteur au ralenti. Lorsque le déluge aura passé son chemin, on trouvera, dans la mini-fraternité de cette double attente silencieuse, partagée dans le fracas alentour, une légitimité naturelle à s'enquérir de l'au-delà de la route. Oui, il y a bien une station-service dans quelques dizaines de miles, elle est encore un peu loin mais elle est ouverte. C'est jouable, on l'atteindra à l'orée de la nuit. On pourra alors envisager avec sérénité de se poser la question d'où dormir.
samedi 17 mai 2014
lundi 28 avril 2014
dimanche 27 avril 2014
mardi 11 mars 2014
mercredi 19 février 2014
dimanche 11 août 2013
samedi 1 juin 2013
dimanche 5 mai 2013
mercredi 1 mai 2013
dimanche 24 mars 2013
jeudi 7 février 2013
Chambres d'hôtel (Hors Série 12)
Desert Inn Motel,
Barstow (Californie), 25 janvier 2013
Il suffit de remonter East Main St jusqu'au Denny's, et c'est juste en face.
De tous les motels, inns et hotels de Barstow, le Desert Inn est celui qui laisse le moins de place à l'hésitation : une enseigne un rien désuète et l'alignement impeccable de ses chambres sous un long toit rouge pimpant sont comme une invitation, c'est là qu'il faut s'arrêter.
Une fois franchie la porte du lobby, c'est un concentré d'Amérique cosmopolite et rescapée d'on ne sait quand qui s'offre au regard, entre un mobilier qu'on pourrait croire de récupération, une touche de décoration dérisoire aux faux airs de restaurant chinois (les gérants sont asiatiques), l'odeur reconnaissable entre toutes de tabac froid et un présentoir où se côtoient des flyers disparates, Disneyland et musée Nixon réunis. Un coup de sonnette sur le comptoir, 35 dollars cash et on est chez soi pour la nuit.
Décalage horaire aidant, lorsque ne pouvant plus dormir on écartera par désœuvrement le rideau vers 4 heures du matin, on verra une silhouette traverser le parking désert en chaloupant. Aux premières lueurs de l'aube, c'est une voisine au pas lourd qui frappera à votre porte en quête de feu et, pourquoi pas, d'une cigarette.
Un peu plus tard, on repartira en laissant la clé sur le comptoir et sans revoir personne.
mercredi 30 janvier 2013
dimanche 27 janvier 2013
Jacumba Hotel memories
pour Zoé
C'est en 1928 et à Jacumba — alors encore une villégiature florissante de Californie — que William Wellmann tourne Beggars of Life avec Louise Brooks. Celle-ci raconte dans ses mémoires le tournage du film et les trois semaines difficiles qu'elle aura passées là-bas, logée avec toute l'équipe au Jacumba Hotel.
Concurrencée par d'autres destinations comme Palm Springs, la petite ville aux eaux réputées déclinera peu à peu et tombera dans l'oubli. Partiellement détruit par un incendie en 1983, le Jacumba Hotel restera en ruines jusqu'en 1991 avant d'être presque complètement rasé. Entre temps, en 1985, Philippe Garnier et Claude Ventura reviendront visiter les fantômes de cette histoire pour Cinéma, Cinémas.
Aujourd'hui, Jacumba est plus que jamais un trou perdu au bord du désert, "à un jet de bouteille" du Mexique dont la frontière avec les États-Unis déroule à portée de regard les kilomètres de sa haute barrière métallique, couleur de rouille. Plus aucun train ne fait la liaison avec San Diego tout proche et des wagons abandonnés sont transformés en refuges de fortune. Le Jacumba Hotel a été remplacé par un "Spa Resort" encore en attente d'une ré-ouverture incertaine. En milieu de journée, la rare vie que l'on croise se concentre au Jacumba Lounge, un endroit dont l'intérieur clair et modernisé contraste avec les quelques bâtiments abandonnés qui longent la rue principale. Le serveur s'excuse de ce qu'il n'a plus de laitue pour le Jacumba burger.
Jacumba (Californie), 26 janvier 2013
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