lundi 12 août 2013

San Salvador



Mar del Plata (Argentine), 11 août 2013

dimanche 11 août 2013

Cafés (53)

La Fonte d'Oro,
Mar del Plata (Argentine), 11 août 2013

Passerelles (71)

 vers Mar del Plata (Argentine), 10 août 2013

Albufera Mar Chiquita (Argentine), 10 août 2013

Asado

vers Mar del Plata (Argentine), 10 août 2013

vendredi 9 août 2013

Chambres d'hôtel (Hors Série 14)

Boston (Massachusetts), 1988 (?)

Je ne me souviens plus du nom de cet hôtel et je ne suis pas vraiment sûr de l'année… Ce dont je suis certain, c'est que c'était avant les laptops, avant internet, avant le wifi, avant d'aller "sur la Toile" pour voir un film en streaming au lieu d'aller "se faire une toile" au cinéma, et que la seule ouverture sur le monde, lorsqu'on avait fermé la porte de la chambre et tiré les rideaux, passait par la télé. Zap vs. surf. Et voici que j'y suis ramené aujourd'hui, dans ce Gran Hotel Dora de Mar del Plata où les ondes s'épuisent avant d'atteindre ma chambre 505 et l'arrière-cour sur laquelle elle donne. Encore réveillé tôt ce matin — décalage horaire oblige —, j'allume et j'ai l'impression que pas grand-chose a changé depuis tout ce temps : du sport, des pubs, des films interrompus par des pubs, des séries, des clips… Un peu de couleur locale avec des telenovelas, identifiables comme telles au premier coup d'œil, mais pas d'infos ou presque (à part CNN) ou alors très locales, météo et — spectacle hypnotisant — une webcam tournée vers le front de mer encore endormi, délivrant impassiblement son flux d'images que l'on pourrait croire fixes ne serait le va-et-vient miroitant des vagues et, de temps en temps, la trajectoire évanescente de phares trouant l'obscurité. La télé mais le web quand même, avec une pensée pour François Bon et ce qui reste de ses webcams du dimanche…

Cafés (52)

Club de Pesca,
Mar del Plata (Argentine), 8 août 2013

Avenida Colón

Mar del Plata (Argentine), 8 août 2013

Désarmement des toboggans (Hors Série 1)

Regina Palace,
 San Martin 2456,
Mar del Plata (Argentine), 8 août 2013

Le Regina Palace était un des nombreux cinémas de Mar del Plata, et un des plus anciens. Si on en démonte encore le toit aujourd'hui, il y a déjà plus d'un an qu'un Burger King a pris possession des lieux.

Voir aussi ici.

jeudi 8 août 2013

Le cri du cœur

Mar del Plata (Argentine), 8 août 2013

Downtown autopista (2)




Buenos Aires (Argentine), 7 août 2013

mardi 6 août 2013

2003/2013

Une décennie où la tendance lourde est au renforcement des extrêmes. On voit passer des ouragans dévastateurs, des tsunamis, des tremblements de terre king size, des accidents nucléaires. Les hauts et les bas de la finance folle font écho à des sécheresses et des inondations sans précédent, les étés deviennent caniculaires et, dans le même temps, de l'Iran à l'Égypte, de la Russie à la Tunisie, du Tea Party au "Mariage pour tous", du voile intégral aux Femen, les régimes, les religions, les opinions se radicalisent, les positions extrémistes se revendiquent et s'affichent. Et s'il fallait y voir davantage qu'une coïncidence ? Je me souviens qu'au début des années 2000, un climatologue américain rencontré dans une conférence m'avait parlé d'une étude conduite pour le gouvernement fédéral sur les liens de cause à effet — ou, à tout le moins, de corrélation — entre données météo et stabilité politique, avec un intérêt tout particulier pour les régions proches de l'Équateur (souvent plus sujettes aux instabilités, renversements brutaux, coups d'État, révolutions, etc.) et à la clé l'espoir d'une nouvelle lecture prédictive des conséquences géopolitiques du changement climatique ! Global warming everywhere…

[Cette chron(olog)ique s'arrête ici, comme çà, un peu en l'air. Paradoxalement, plus les années "du jour" s'approchent de 2013, plus les fenêtres de souvenirs qu'elles ouvrent me semblent factuelles et conventionnelles. Peut-être un effet de la globalisation et de la prolifération croissante d'images de plus en plus partagées ? Peut-être une décantation insuffisante ? Ou peut-être juste un peu de lassitude pour cet exercice quotidien auquel je préfère mettre un terme avant de changer de latitude… Merci à mes quelques suiveurs !]

lundi 5 août 2013

2002

L'arrivée des "nouveaux francs" ne m'avait pas trop perturbé (j'avais 5 ans) et même si, par mimétisme et procuration, j'ai longtemps jonglé entre nouveaux et anciens francs, au moins le rapport de 1 à 100 était-il simple. Avec l'euro, ce sont de nouvelles habitudes qu'il fallut acquérir, et j'ai mis plusieurs années à intégrer les repères nécessaires à l'évaluation directe d'un prix affiché en euros, en essayant de ne pas passer par une conversion en francs (oserais-je avouer qu'il m'arrive encore d'y recourir ?). Le problème de revenir à une jauge en francs — en se raccrochant par exemple à ce que 15 euros, c'est 100 francs à la louche —, c'est qu'on se projette en des temps révolus où un café valait 3 francs et une place de cinéma guère plus d'une dizaine ! Mais ce temps-là s'est arrêté au 1er janvier 2002, et ce qui nous trouble aujourd'hui, ce n'est pas tant qu'un café puisse valoir désormais l'équivalent de 10 ou 15 francs que la confusion d'imaginer qu'on aurait dû débourser cette somme il y a une douzaine d'années. En 2002 donc, adieu les francs — en ai-je seulement gardé quelques-uns en souvenir ? Ce que je sais, c'est que, vestiges oubliés, j'ai encore quelque part une boîte avec de multiples enveloppes contenant chacune un peu de ferraille (voire quelques billets) de l'Europe d'avant l'euro. Passer les frontières était parfois un casse-tête, mais aller à la banque pour changer des francs en drachmes, lires, marks, pesetas, florins ou schillings, c'était déjà le début du voyage…

dimanche 4 août 2013

2001

Je sèche la fin des sessions de l'après-midi et je traverse Toulouse en flânant. L'air est doux et tout a l'air normal, pourquoi d'ailleurs se poser la question ? Dans les parcs, il y a des enfants qui jouent, des couples qui vont main dans la main, l'été s'étire, pourquoi la soirée serait-elle différente ? Arrivé à l'hôtel, j'allume machinalement la télé et jette un coup d'œil distrait à l'écran qui s'allume tout en composant le numéro de téléphone de la maison. Et c'est à cet instant précis que je découvre pour la première fois les images qui ne cesseront de tourner en boucle et que je dis, incrédule et cherchant à comprendre : "Attends, mais il se passe quoi, là ?". On a dit de l'assassinat de Kennedy que l'on sait tous où on était et ce qu'on faisait quand on l'a appris (je revois ma sœur déboulant de sa chambre pour nous le dire après avoir entendu la nouvelle sur son "transistor"). Ainsi sans doute aussi du 11 septembre 2001...

samedi 3 août 2013

2000

Il aura suffi que passe l'instant qui aurait pu être celui de mon triomphe pour qu'on se rende à l'évidence : je n'existe pas ! On m'avait pourtant annoncé à grand renfort d'accents dramatiques, on avait dénoncé l'inconséquence de bricolos seventies n'ayant pas vu plus loin que le bout de leur siècle, on avait claironné mes ravages à venir dans une Apocalypse numérique qui n'avait pas manqué de prophètes. Et puis les compteurs se sont remis à zéro comme redouté et rien ne s'est passé. Tout avait-t-il donc été retouché préventivement et comme il faut, force sociétés de service à l'appui en exorcistes des temps modernes, ou bien n'y avait-il rien à réparer ? On m'imaginait comme un monstre terrifiant mais, du jour au lendemain, on me rapetisse à vue d'œil, petit insecte agaçant que l'on passera bien vite et sans façons aux oubliettes de l'Histoire. J'avais un nom de code, Y2K, mais je n'existais pas.

vendredi 2 août 2013

1999

Il y a d'abord l'attente. Le compte à rebours, et aussi le doute sur l'emplacement choisi. Le ciel est changeant, parfois couvert ici, dégagé là. Quelques téléphones portables en circulation permettent des ajustements de dernière minute mais vouloir changer de place est hasardeux, les promontoires les plus avantageux ont été pris d'assaut depuis longtemps. Autour des voitures perlées sur la ligne de crête, l'installation va du plus simple au plus sophistiqué, des mains dans les poches au télescope avec chambre photographique. Le temps passe et le pari fait sur le ciel semble un instant perdu, les trouées entre les nuages disparaissant une à une. L'œil en va-et-vient entre le ciel et la montre, on se refuse à renoncer et, juste avant que n'arrive enfin l'instant imperceptible de la première tangence, du premier chevauchement, les nuées s'entrouvrent comme la Mer Rouge devant Moïse, un vent soutenu se met à souffler et tout s'accélère, on voit venir de l'horizon la ligne de front de l'ombre qui s'avance à travers les champs, et l'obscurité se fait dans le silence — les oiseaux ont-ils vraiment cessé de chanter ? Si l'on se retourne, l'alignement des visages qui s'offre au regard, tournés dans la même direction et chaussés des mêmes lunettes de protection, fait penser à ces photos de salles de cinéma immortalisant le public lors de la projection d'un film en relief.  C'est l'obscurité et le silence, et rien ne semble changer pendant un temps dilaté comme peut l'être celui d'un tremblement de terre. Encore quelques secondes et la lumière revient comme elle était partie, on retire ses lunettes et on se regarde sans trop savoir quoi dire. Maintenant, le ciel peut se couvrir de nouveau si cela lui chante et il peut bien se mettre à pleuvoir…

jeudi 1 août 2013

1998

Impossible d'y échapper. Ne pas s'enthousiasmer ou seulement s'en désintéresser confine presque à un diagnostic d'asocial. Le "black-blanc-beur" survendu, les filles aux joues tricolores, les estrades et les écrans géants sur les places, "Les yeux dans les Bleus", ce pourrait être la Libération ! Refuge du patriotisme et du cocorico au-dessus des partis, il aura suffi d'une victoire dans un stade pour que la cote de popularité du Président de la République et de son Premier Ministre grimpe instantanément de plusieurs points…

mercredi 31 juillet 2013

1997

Les "plaisirs minuscules" de Philippe Delerm ne font pas l'unanimité. Le public réserve à sa Première gorgée de bière un accueil enthousiaste, mais les critiques font la moue. Peut-être est-ce plutôt l'auteur qui ne fait pas l'unanimité ? Ou son succès ? Voilà un prof de Français, enseignant  dans un collège de province, qui (loin pourtant d'en être à son premier livre) se met à écrire sur des choses ordinaires, des choses et des sentiments  qui parlent à tout le monde et que tout le monde s'approprie comme naturellement… ce ne peut donc être de la littérature, c'est l'application d'une recette facile, presque un devoir de rentrée scolaire ("Racontez un souvenir de vacances, une page maximum") ! Question projet et déclinaisons, la simplicité et l'universel d'un sujet ont pourtant déjà été plusieurs fois encensés — que ce soit pour les Mythologies de Barthes, Le parti pris des choses de Ponge, Je me souviens de Perec ou le minimalisme du nouveau Nouveau Roman chez Minuit — mais, là, ce n'est pas pareil, le succès n'a pas été au rendez-vous de la même manière, il n'y a pas eu prix ou distinction montrant la voie par ceux qui savent, seulement un bouche-à-oreille (souvent de libraire à lecteur) entachant l'ouvrage de l'aura douteuse d'une étiquette "seulement" grand public. Delerm, ce n'est pourtant pas du marketing, ce n'est ni Lévy, ni Musso ou consorts… Corollaire du "paradoxe du Guide du Routard" : si tout le monde y va, s'en méfier ! 1997, c'est aussi l'année de la sortie du premier volume d'Harry Potter.

mardi 30 juillet 2013

1996

69, année érotique. 96, année olympique. Et érotique aussi pour Bill Clinton qui, avant et après sa ré-élection de novembre, prend soin de façon "inappropriée" de sa stagiaire préférée dans le secret d'un bureau aussi ovale que les stades construits à Atlanta pour les Jeux. J'étais de passage à Atlanta au printemps, et sans doute les préparatifs battaient-ils leur plein quelque part, mais les images qui me reviennent sont surtout celles d'une Amérique de buildings hauts et serrés comme une équipe de footballeurs prêts à la mêlée, de parkings en arrière-cour où volent des papiers gras et de highways traversant le centre-ville, une Amérique de la vitesse et un concentré de symboles, Martin Luther King, Coca-Cola et CNN réunis. De l'autre côté de l'Atlantique, François Mitterrand vient de disparaître, et avec cette autre vie amoureuse agitée qui s'achève — d'une façon si différente de l'affaire Lewinsky à venir —, on sent qu'une époque s'est terminée. Pour ma fille Z., un an en octobre, Mitterrand et Clinton seront des noms un peu lointains dans des livres d'Histoire.

lundi 29 juillet 2013

1995

Première des douze années Chirac à venir. Un nouveau président, c'est une nouvelle photo officielle, avec chaque fois l'occasion pour le nouvel élu de se démarquer du précédent, la question centrale semblant être : bibliothèque (de l'Élysée) ou pas bibliothèque ? Un coup sur deux donc depuis De Gaulle-bibliothèque et Pompidou-bibliothèque, avec d'abord Giscard-pas-bibliothèque en pseudo-dilettante ayant choisi le vrai dilettante Jacques-Henri Lartigue pour l'immortaliser en plein air, ensuite Mitterrand-bibliothèque saisi par Gisèle Freund dans la lignée de Malraux, Sartre, Joyce et tant d'autres, puis Chirac-pas-bibliothèque sous l'œil un peu inattendu de Bettina Rheims dans les jardins du Palais, suivi par Sarkozy-bibliothèque (!), forcément people avec le "photographe des stars" Philippe Warrin, et enfin Hollande-pas-bibliothèque dans une photo au jardin (les corréziens se retrouvent) dont il faut bien reconnaître qu'elle n'est pas la meilleure de Raymond Depardon… Gageons que le prochain (ou la prochaine) devrait retrouver les volumes de cuir aux dos reliés à l'or fin, avec bien sûr un je ne sais quoi pour renouveler le genre. Difficile de faire appel à Yann Arthus-Bertrand pour une "vue de ciel", mais pourquoi ne pas solliciter les dessinateurs de Charlie Hebdo ou du Canard Enchaîné, déjà longuement aguerris à l'exercice ?

dimanche 28 juillet 2013

1994

Olivier Rolin reçoit le Prix Fémina pour Port-Soudan. Le romancier jusqu'ici plutôt confidentiel devient un personnage public dont on (re-)découvre la trajectoire chahutée et, disons-le, terriblement romanesque — voire romantique —, l'auteur et l'œuvre se mêlant sans vraies frontières, à l'image de l'ex-clandestin et du bourlingueur que l'on a connu prolixe en ses portraits de villes distillés dans des revues (City) et de petits opuscules à l'édition soignée (Sept Villes chez Rivages, En Russie ou La Havane chez Quai Voltaire). Pour qui a découvert ce Rolin-là au fil du temps et de ces récits pour (et avec) lesquels on rêvait de partir sur le champ à Trieste, Prague, Valparaiso ou Alexandrie, on ne peut s'empêcher de ressentir une pointe d'agacement à l'espèce de consensualité entendue que donne au Rolin de Port-Soudan, comme par un coup de baguette magique, sa médiatisation toute neuve. Un peu comme il y aura eu, pour Wim Wenders, un avant et un après au tournant de la Palme d'Or de Paris Texas, nonobstant Faux Mouvement, Alice dans les Villes ou Au Fil du Temps. C'est un peu le "paradoxe du Guide du Routard", une ruée inéluctable vers des endroits vantés pour être en-dehors des sentiers battus, avec à la clé une transition de phase abrupte entre confidentialité et promiscuité qui peut faire s'en détourner… ou n'y aller que "hors saison" en attendant d'y retourner l'effet de mode passé.

samedi 27 juillet 2013

1993

Les logiciels développés par le CERN pour le World Wide Web passant dans le domaine public, 1993 marque la vraie naissance de l'Internet "grand public" et le début de son expansion foudroyante. Si l'on en croit Wikipédia et d'autres sources, les chiffres sont éloquents : 130 sites répertoriés en juin, 623 en décembre, un peu plus de deux millions en juin 1998 et au moins deux cent milliards aujourd'hui. Cette explosion s'accompagne de ce qui est l'essence même de ce nouveau réseau mondial, à savoir un maillage potentiellement total et un fonctionnement distribué — une révolution par rapport aux formes de diffusion hiérarchisées et centralisées de l'information qui prévalaient jusqu'alors. Avec cette donne nouvelle, c'est toute une vision du monde qui est changée, une mise en perspective reposant sur une multiplicité de points de vue et leurs mises en relation, y compris dans les écritures (au sens large) qui s'y rattachent — liens hypertexte, modes coopératifs, collaboratifs, etc. Si j'en avais le temps et le courage, je développerais bien le parallèle que l'on peut y voir avec la représentation de l'espace et son actualisation "technologique" (au sens d'une construction graphique comme "forme symbolique" à la Erwin Panofsky, ou encore d'une "technologie de l'intellect" à la Jack Goody), quelque chose en lien aussi avec les photo-collages de David Hockney que l'on peut lire comme un ensemble global et inter-connecté de points de vue locaux, aucun n'occupant de place universellement privilégiée et tous participant d'une perception partagée. Une autre fois…

vendredi 26 juillet 2013

1992

Au départ, en 1989, c'est un livre où il est question à un moment d'un appareil-photo, mais même si c'est le titre, ce n'est pas vraiment le sujet. Ensuite, en 1992, c'est un film qui s'appelle autrement et qui, même s'il en est une adaptation par l'auteur, est aussi autre chose. (Du moins c'est ce que je crois — d'après ce que j'en lis —, car je ne l'ai pas vu.) Peut-être La Sévillane de Jean-Philippe Toussaint offre-t-elle une nouvelle variation à son projet d'écriture "infinitésimaliste" dont le terme même, comme il le dit, "contient les deux infinis qu'on devrait toujours trouver dans les livres". Ou peut-être pas… Lorsque le film sort, la réalité de 1992 s'appelle Clinton, sommet de Rio, Bosnie, traité de Maastricht ou Colomb + 500. Celle du narrateur de L'Appareil-photo / La Sévillane peut sembler, dans son apparente insignifiance, à l'exact opposé, mais tout est question d'échelle : "Je sentais confusément que la réalité commençait peu à peu à donner quelques signes de lassitude, et je ne doutais plus maintenant que mes assauts répétés, dans leur tranquille ténacité, finiraient peu â peu par épuiser la réalité â laquelle je me heurtais, comme on peut épuiser une olive avec une fourchette si vous voulez, en appuyant très légèrement de temps à autre, et que, lorsque, exténuée, la réalité n'offrirait enfin plus de résistance, je savais que plus rien ne pourrait alors arrêter mon élan, l'élan furieux que je savais en moi depuis toujours, fort de tous les accomplissements. Mais, pour l'heure, j'avais tout mon temps : dans le combat entre toi et la réalité, sois décourageant."

jeudi 25 juillet 2013

1991

Il est des revues que l'on jette sitôt qu'on les a lues, ou que l'on relègue quelque part le temps d'en faire des lectures de distraction avant de les oublier. Il en est d'autres que l'on garde bien rangées au bas d'une bibliothèque, et vers lesquelles on revient comme vers des livres-fétiches. De ces revues-là, L'Autre Journal est peut-être la plus emblématique, objet et projet confondus. Début 1991, le rêve éditorial — plusieurs fois interrompu — de Michel Butel vient de renaître, épais, dense, unique, inclassable. Mais début 1991, les frappes américaines sur Bagdad viennent aussi de commencer et L'Autre Journal affiche avec détermination son hostilité à cette guerre nouvelle et intéressée dans laquelle la France s'engage. Si le lectorat est au rendez-vous, les actionnaires tiquent et se retirent, la revue doit revoir ses ambitions à la baisse et finit par disparaître. Vingt ans plus tard, c'est L'Impossible qui sort en kiosques. Je me souviens de Marie-Dominique Arrighi me disant son émotion après que Michel Butel l'ait contacté et lui ait proposé de participer à cette aventure nouvelle qui était encore en chantier. Elle n'aura pu le faire, mais je suis sûr qu'en caresser l'idée aura illuminé ses derniers mois.

mercredi 24 juillet 2013

1990

Eh bien ça y est, j'ai maintenant une adresse "e-mail" : flandrin@frensl61.bitnet :-) (Je rajoute un smiley mais, les "émoticônes", ce sera pour plus tard.) Je rejoins ainsi le club encore un peu fermé des happy few qui, dans les réunions et les rencontres, faisaient se sentir ploucs leurs interlocuteurs pas encore connectés ("—T'as une adresse email ? — Une adresse quoi ? — Ben, une adresse de courrier électronique… — Ah ! Euh, non…"). Il ne faudra pas longtemps pour que ce soit la déferlante et que l'on ne puisse plus voir écrit le mot "émail" dans un texte quelconque sans penser "email" (ou "courriel", comme on dit Quai Conti). On recevait alors assez peu de messages, il faut bien le reconnaître, mais avec l'avantage de ne pas encore être la victime quotidienne de spams (les "pourriels"). Par sécurité, et je sais que je ne suis pas le seul, j'imprimais et je gardais une trace écrite de tout ou presque (on ne sait jamais), tout comme dans les premiers temps des exposés par vidéo-projection, je continuerais à partir avec dans ma valise une copie sur des transparents comme au bon vieux temps (la difficulté aujourd'hui, ce serait de trouver à l'arrivée un rétro-projecteur…). Il faudra encore attendre un peu pour que le web prenne son essor, laissant derrière lui, dans le cimetière des balbutiements, des noms aujourd'hui oubliés comme Mosaic, Netscape, Gopher ou Altavista. Je serais bien incapable de dire quel était le premier email que j'ai envoyé, mais je parierais volontiers pour un message à moi-même avec "essai" comme titre…

mardi 23 juillet 2013

1989

Le compartiment est raccord avec l'image que l'on se fait d'un train "de l'Est", mais il s'égaye un peu alors qu'il commence à faire beau lorsqu'on s'approche de Berlin. En ce mois de septembre 1981, je reviens avec F. d'un court voyage en Pologne, à l'heure où Jaruzelski prépare sa reprise en main du pays, la clé à mollette de l'URSS toujours prête à resserrer les boulons. Pour nous, Berlin-Est n'est qu'une étape obligée, l'endroit où, à l'arrivée à la gare en cul-de-sac, nous pourrons prendre la sortie réservée aux étrangers en transit et aux heureux possesseurs de visa, direction Berlin-Ouest. Pour les jeunes assis en face de nous, Berlin-Est c'est le terminus, l'endroit où ils se rendent pour travailler en venant de leur grande banlieue, et la sortie qu'ils devront prendre ce sera l'autre. Au gré d'une conversation minimale, il flotte dans l'air un sentiment de fatalisme éternel, l'évidence qu'il en sera ainsi pour toujours, que jamais — ou peut-être à de rares exceptions — ils ne pourront aller de l'autre côté, avec chez nous, inavoué, le confort un peu lâche de penser que c'est bien triste mais que c'est comme ça et qu'on n'en pourra rien changer. Et du mur qui tombe en 1989, ce que l'on  retiendra sera autant le regret un peu honteux d'avoir pu le croire indestructible que la joie de le voir tomber.

lundi 22 juillet 2013

1987/1988

Boston (Massachusetts), été 1987

Comme chaque jour depuis presque deux semaines, j'essaie de laisser remonter à la surface de ma mémoire ce qui spontanément s'attache à l'année mise sur la sellette. Mais aujourd'hui, pour 1987 et même 1988, pas grand-chose d'un tant soit peu "universel", plutôt des I remember personnels à la Joe Brainard que des Je me souviens de mémoire collective à la Georges Perec. Quelques vagues impressions de conflits qui n'en finissent pas, Iran-Irak, Liban, des frémissements insistants à l'Est entre glasnost et perestroïka, Wall Street qui dégringole, des escarmouches politiciennes ("Dans les yeux je le conteste")… il serait dans doute facile d'aller vérifier tout cela mais je n'en ai pas trop envie. Pour 1987, je revois plutôt un été américain, campus entre bois et océan sur la côte Est, de temps en temps un passage à Boston, la foule qui va et vient un gobelet à la main, T-shirts et costumes mélangés, les executive women allant au travail d'un pas décidé, en tailleur chic mais en chaussettes et grosses baskets, leurs escarpins dans leur sac à main, les cafés-librairies ouverts tard, les brunchs du week-end, la Ford Mustang que l'on nous a prêtée consommant plus d'huile que d'essence, les malls et les food-courts, les restos sans alcool où l'on apporte sa bouteille achetée dans le liquor store juste en face, soigneusement enveloppée de papier kraft, le soir qui tombe sur Cape Cod où, on a beau dire, les phares et les stations-service ressemblent étrangement à des toiles d'Hopper. L'année suivante, c'est l'image d'un bout de printemps new-yorkais qui s'invite, un Matisse au MoMa un jour de pluie, un passage à NYU en rêvant de rester un an au Courant Institute sur Washington Square, les galeries de SoHo juste à côté, entre minimalisme et hyperréalisme — gratte-ciels en reflets de Richard Estes et petites culottes de John Kacere —, les vendeuses qui sortent pour fumer et qui, mini-jupe et talons hauts, arpentent le macadam avec des airs de Julia Roberts dans Pretty Woman, le ferry pour Staten Island et le téléphérique pour Roosevelt Island en pensant à Depardon, Wall Street toujours vivant et le downtown à l'ombre des tours jumelles. Et puis enfin, jumelles pour jumelles, c'est l'arrivée à la fin de l'été 1988 de L. et M. qui, pour leurs 18 ans, hériteront des Libé de chacun (ou presque) des jours anniversaires successifs de leur naissance ! Déjà des souvenirs en (re)construction…

dimanche 21 juillet 2013

1986

La France découvre la cohabitation, le libéralisme prend ses aises et s'affiche. On vante la "gagne", la réussite individuelle, on en fait des émissions de télé publique affichant l'Ambition comme nouvelle valeur, avec Bernard T. en bateleur. Pourquoi l'Université serait-elle en reste ? Là aussi, l'horizon qui se profile avec le nouveau projet de loi a pour mots-clés "autonomie", "mise en compétition", "sélection". Les campus et les lycées entrent en ébullition et, de manifestation en cortège, l'automne est chaud, jusqu'à ce 5 décembre où le climat se glace, ce soir où Malik O. aura eu le mauvais goût d'être sur la trajectoire des "voltigeurs" à moto qui quadrillent Paris à la dispersion de la manifestation grand format venant de se terminer aux Invalides. Dans la foule ce jour-là, un certain Alain P. photographie, je l'aurais peut-être croisé sans le savoir… Le lendemain, c'est Alain D. qui démissionne.

samedi 20 juillet 2013

1985

Photographies sous vitrine à l'entrée d'un cinéma, illustrations dans un livre ou un magazine, affiche que l'on punaise à son mur… les images d'un film, immatérielles et fugitives sur l'écran d'une salle de projection ou d'un téléviseur, peuvent se fixer de bien des façons, Lorsque je repense à Stranger than Paradise, c'est d'abord son affiche en noir et blanc que je vois, Eszter Balint qui nous regarde derrière ses lunettes noires, le pull jacquard de Richard Edson, le profil au couteau de John Lurie, la désinvolture de leurs chapeaux portés en arrière. C'est l'affiche d'un film, mais ce pourrait tout autant être une de ces pochettes de disque qui, en une composition, nous raconte une histoire : tantôt le déroulé d'un road-movie que l'on cristallise en une image unique, tantôt une photo isolée qui ouvre sur la perspective d'une histoire purement potentielle. Ainsi aussi des titres, ceux des livres comme ceux des journaux. En ce milieu des années 80, c'est la sortie du film de Jim Jarmusch, mais ce sont aussi d'autres "paradis" à la une, Sollers qui prépare la suite de son livre éponyme, une Vanessa qui commence à faire parler d'elle, la terre qui tremble à Valparaiso, le "Val Paradis". Un mot comme dénominateur commun, un grand écart pour les réalités qu'il recouvre. Une accroche, avant de passer à autre chose.

vendredi 19 juillet 2013

1984

Vers la fin des années 70, le fils de Marguerite Duras trouve dans le grenier familial tout un lot de photos de sa mère, prises du temps de sa jeunesse. Il en parle avec elle et, avec son accord, propose à un éditeur d'en faire un livre. Celui-ci dit que ce qui serait formidable, ce serait que Marguerite écrive un texte pour ce livre. Elle s'y attelle et pond une centaine de pages, mais en partant d'une "photo manquante" ainsi décrite : "Sur le bac, à coté du car, il y a une grande limousine noire avec un chauffeur en livrée de coton blanc.", image imaginaire qu'elle rajoute à celles bien réelles du grenier. L'éditeur se désintéresse finalement du projet et Jérôme Lindon, qui a eu connaissance du texte, décide de le publier, mais sans les photos. Ce sera L'Amant, avec cette trajectoire étonnante qui fait partir de vraies photos pour les faire ensuite disparaître, ne laissant que le fantôme d'une image qui n'a jamais existé mais qui a servi de déclencheur… L'Amant est publié en 1984 et, à côté du Goncourt inattendu qu'il est devenu, me reste de cette année-là le souvenir d'autres images au parfum de fantômes, celles des trous perdus et abandonnés qui jalonnent Paris, Texas et que Wenders aura explorés, arpentés, photographiés — ce qui deviendra Written in the West — avant de les filmer,  comme celle de la présence lumineuse et fragile de Pascale Ogier dans Les Nuits de la Pleine Lune… Ce n'est que bien plus tard que je découvrirai L'image Fantôme d'Hervé Guibert, publié en 1981 aux Éditions de Minuit (décidément…).

jeudi 18 juillet 2013

1983

Se souvient-on qu'au "tournant de la rigueur" de 1983 fut associée une mesure quasiment inimaginable aujourd'hui, un contrôle des changes limitant à 3000 francs par an et par personne (soit environ 450 euros) l'autorisation d'achat et de sortie du territoire de devises étrangères ? Les vacances hors de l'Hexagone en prirent un coup et, même si l'on voyageait "routard", il fallut recourir, si l'on voulait voir du pays, à des expédients de système D, à des activations de réseaux d'échanges et de bons procédés. Ou bien se souvient-on plutôt, comme Nanni Moretti dans Journal Intime dix ans plus tard, que 1983 fut l'année de sortie de Flashdance, bluette musicale factice et clinquante ne serait l'apparition presque surnaturelle de l'adorable Jennifer Beals dans son improbable rôle de soudeur sur un chantier sidérurgique ? Mais d'un côté à l'autre de l'Atlantique, avec ou sans paillettes, c'était le même fond de crise, le même spectre du chômage qui grandissait. En Lorraine comme à Pittsburgh, les hauts-fourneaux commençaient à vivre leurs dernières heures et, d'ici quelques années, il ne resterait plus d'eux que le souvenir, réel ou fantasmé, d'une classe ouvrière disparue.

mercredi 17 juillet 2013

1982

1973 : "GP, la dissolution". Huit ans plus un plus tard (ou dix ans moins un, au choix), sans aucun rapport : "GP, la disparition". On aura tout dit, avant l'oubli, sur P. Victor, O. Rolin, S. July…, sur la GP post-68 calant son pas sur Mao pour un futur riant. On parlait moins alors d'Oulipo, mais ça ira croissant, l'Oulipo — toujours plus costaud — survivant à son grand GP parti par un jour gris d'avril 1982, laissant tant d'amis (Roubaud, Braffort, Calvino,…) sans voix. Avant l'Oulipo, j'avais connu GP par hasard, d'abord par Cantatrix Sopranica L. puis, par association, par La disparition. Il suivra dix à vingt ans où j'aurai plus qu'un grand plaisir à parcourir tout GP, puis à partir moi aussi dans la construction d'opus contraints, jouant à choisir à grand soin un mot par ici, polissant chacun pour un accord parfait par là. Aujourd'hui où tout va fissa, qui dit GP dit surtout F1… tout fout l'camp !

mardi 16 juillet 2013

1981

pour MH

Que pouvaient-ils imaginer ces deux-là, quand ils s'étaient vraiment rencontrés pour la première fois il y a un peu plus de trente ans ? Au prétexte d'un ami commun, ils avaient commencé à la pause une conversation qu'ils avaient continuée à la fin du cours, se glissant ensemble dans la nuit de novembre qui commençait à tomber. Les Français venaient de voter pour "changer la vie", mais la ville sortait encore à peine des années 70. Le silence du centre historique n'était troublé de temps en temps que par le bruit métallique d'une 2CV ou d'une Ami6, un crescendo-descrescendo qui leur faisait un bout de chemin dans les rues désertes et pas encore piétonnes qu'ils empruntaient. S'ils avaient quelques habitudes dans les deux cafés les plus proches de la cathédrale, c'était dans la journée, et ceux-ci étaient fermés à cette heure-ci. Ils avisèrent une lumière, la seule, de l'autre côté de la place et, en pensant intérieurement que c'était finalement mieux ainsi, ils se réfugièrent dans la neutralité de ce bistrot où il n'étaient jamais allés, une petite salle cubique au décor fait de bois, de skaï et de néon où quelques clients traînaient encore au comptoir, dans une ambiance que l'on aurait pu croire sortie d'un film de Tavernier, patron compris. Et alors ils commencèrent à parler, se cherchant à tâtons avec la maladresse des débuts, se raccrochant à ce qui les rapprochaient et tendant des perches vers des ailleurs qui pourraient, qui sait, devenir des futurs. Et ce qu'ils ne savaient pas et ne pouvaient pas savoir, c'est qu'ils venaient ici, sur ces banquettes anonymes et inconnues, d'appuyer sur le petit bouton "marche" le plus important de leur histoire, que quelque chose s'était mis en place et que la plupart des bifurcations dont sont faites nos existences, ils les prendraient ensemble. Une porte s'était ouverte sans qu'ils le sachent et, si rien bien sûr n'était écrit, en germe et en vrac se profilaient, dans les premiers mots et les premiers regards qu'ils échangeaient, le pêle-mêle de leurs espoirs partagés et des souvenirs de leurs vies à venir, jusqu'aux albums de photos qu'ils feuilletteraient un jour avec leurs enfants. Mais les cafés ont des horaires et il fallut sortir. Dehors, il avait commencé à pleuvoir et leur conversation, d'abord poursuivie juste devant le rideau de fer maintenant baissé, à l'abri incertain d'une toile battue par le vent, ils la prolongèrent dans l'encoignure du porche d'entrée voisin. Puis vint le temps de se séparer et, comme dans la chanson, ils s'en allèrent par deux chemins contraires, remontant chacun sur leur colline. Mercredi glissait doucement vers jeudi. Ils se reverraient samedi.

lundi 15 juillet 2013

1979/1980

On change de décennie et on le remarque comme si l'Histoire attendait des dates aux chiffres plus ou moins ronds pour se mettre en frais (là, ce sera Reagan qui entrera en scène, mais Khomeiny aura anticipé et Mitterrand devra patienter encore un peu). Graphiquement, il y a quand même quelque chose dans ce changement, on abandonne le '7' qui nous a accompagné pendant dix ans et qui, avec son faux air de lunette arrière d'Ami6, avait le je-ne-sais-quoi d'anguleux de cette époque encore industrielle aux coins coupés sans chichis. Avec le '8' de la décennie qui s'annonce, c'est un avant-goût des rondeurs que prendront les voitures devenant de plus en plus indifférenciables. On peut y voir des ronds de fumée plus ou moins licites, une promesse d'insouciance joufflue, presque un air de hamburger si on le tassait un peu ! De manière plus prosaïque, en ces temps où l'on faisait encore beaucoup de chèques, l'adaptation de janvier sera un peu plus longue pour dater correctement avant de signer.

dimanche 14 juillet 2013

1978

Quoi de neuf ? Du "nouveau" ! Après la "nouvelle cuisine" et les "nouveaux philosophes" (merci, entre autres, au Nouvel Observateur), c'est l'année des "nouveaux pères", ces "hommes nouveaux" qui ressemblent heureusement plus à Souchon qu'à Nietzsche. Pas forcément dupe d'elle-même, la "nouvelle chanson française" sait qu'elle n'a pas "tout inventé" d'un "Nouveau monde radieux, transformé / Tout luxe, calme, nouveauté" et se moque gentiment de le "nouvelle pluie qui tombe" et des "nouveaux embouteillages", plus caustiquement des "nouveaux colons". La "Nouvelle vague" est loin déjà, même si Souchon (encore lui) mettra en musique, chez Truffaut, L'amour en fuite du dernier volet de la saga d'Antoine Doinel. Le propre du nouveau, c'est de ne pas le rester, la nouveauté est une fuite en avant. Pour nouvelles qu'elles s'affichent, les Nouvelles Galeries que l'on croise encore dans quelques villes de France ont un nom qui sonne étrangement ringard.

samedi 13 juillet 2013

1977

Si j'avais raté "BBH75", je me rattrape avec "No man's land". On dit que c'est "No future" et punk et compagnie de l'autre côté du Channel, mais le saphir de ma mini-chaîne Dual s'accroche à Higelin, s'obstinant à creuser le sillon d'un 33 tours qui, aujourd'hui, se met en boucle sur presque toutes les plages. 1977, une année de Jacques. Prévert meurt, Brel s'en va aux Marquises, Chirac s'installe à Paris, Mesrine publie "L'instinct de mort" et Higelin fait écrire à l'ennemi public numéro un une lettre à sa petite amie. Les années passeront mais Higelin sera toujours quelque part pas loin, "Champagne pour tout le monde" et "Caviar pour les autres" bien sûr — avec le regret d'avoir raté les concerts à Mogador —, mais les autres albums aussi, de "Tombé du ciel" à "Amor doloroso". Avec "Illicite" et les chansons pour Izia, c'est autre chose encore. Sa "petite beauté" que l'on aura vu naître, c'est aujourd'hui ma fille qui va l'écouter en concert et la passe en boucle sur son iPod.

1975/1976

Le fond de l'air est vert. Fond d'écologie politique avec en kiosques "La gueule ouverte" (pastichée en "La gueule toute verte" — déjà Jalons ?), "Marche Verte" pour les Sahraouis au Maroc, et bien sûr l'omniprésent "Allez les Verts !", claironné, affiché, décliné un peu partout. Rocheteau a les boucles du Lavilliers de l'époque, et on aime bien l'un comme l'autre pour leur côté local/global avant l'heure, à la fois enracinés quelque part ("On n'est pas d'un pays, mais on est d'une ville"), pieds dans les usines ou crampons dans la terre, mais aussi citoyens d'un monde qui se globalise, dans lequel on joue de plus en plus facilement à saute-frontières, se faufilant comme un billet... vert ! Seul match de foot que j'aurais jamais regardé de bout en bout, je verrais les Verts de l'ASSE perdre en noir et blanc face au Bayern de Munich, instant singulier dont je découvrirais plus tard que je l'aurais partagé avec beaucoup pour qui, comme pour moi, c'était la première et dernière fois.

vendredi 12 juillet 2013

1974

Ce qui frappe dans "1974, une partie de campagne", le film de Raymond Depardon, c'est l'incroyable mélange d'amateurisme et de naïveté dans lequel baignait alors la politique. On y voit des cellules de réflexion réduites à leur plus simple expression (quelques ministres et c'est tout, ni bataillons de conseillers ni attachées de tout et n'importe quoi), on y assiste à des remue-méninges au premier degré ("— Où faire mes derniers meetings pour toucher les ouvriers ? — Vous pourriez aller à Montceaux-les-Mines…  Ah oui, bonne idée, c'est un nom qui devrait envoyer le bon message à la télé !"), on n'y croise pas de "communicants" ou si peu, on découvre un candidat Ministre des Finances attendant, seul dans son bureau, que sonne le gros téléphone posé face à lui pour une estimation des premiers résultats transmise par son collègue de l'Intérieur, on le suit dans une traversée de Paris en voiture, sans chauffeur ni garde rapprochée… Et cette candeur, cette simplicité malgré elle, participaient elles aussi de la "parenthèse enchantée" de ces années-là, brève période de basculement entre les silences et les secrets d'avant et l'affichage publicitaire et fabriqué d'après.

1973

L'heure était aux cols roulés, pulls ou sous-pulls confondus. On se faisait beau comme pour plaire à Barbara ("Elle aima son smoking vert, son col roulé blanc"), même si des fois le mauvais goût de l'acrylique, de l'orange et de la coupe moulante, immortalisé sur des photos dont les couleurs peu à peu s'estompent mais ne se résignent pas tout à fait à disparaître, laisse aujourd'hui rêveur. On portait aussi le gros pull de laine à col roulé qui, jointé à une barbe et des cheveux en bataille, était supposé — bouffarde parfois en prime, Brassens en filigrane (Brassens qui nous semblait installé depuis toujours dans une soixantaine qu'il n'atteindrait pourtant qu'à sa mort, presque dix ans plus tard) — asseoir à certains d'entre nous l'autorité sérieuse de théatreux ou de musicos de 18 ans. Nos copines elles-même, parfois pantalons évasés, parfois bottes et mini-jupes de laine sur collants multicolores, enfouissaient sous de larges cols roulés l'élan que l'on devinait délicat de leurs cous graciles. Nous pensions être en marge du pompidolisme télévisuel, mais l'évocation de cols roulés nous ramène à des images de Joe Dassin, Mike Brant ou Jacques Martin. La France de 1973, de la "petite fille" de C. Jérôme et de la lessive Supercroix, était sans doute singulièrement étroite.

[En marge des 40 ans de Libé et de ses évocations chaque jour d'une année depuis 1973, le premier d'une série de billets pas forcément systématique…]

vendredi 5 juillet 2013

Coco light


Mexique, 1997 / Argentine, 2012

jeudi 4 juillet 2013

mardi 2 juillet 2013

mercredi 26 juin 2013

Vérification de la porte opposée (8)

Il y avait chez mes parents un épais pavé de verre aux faces creusées et un lourd médaillon de cuivre sur lequel apparaissait en relief une tête de lion. L'un était utilisé comme cendrier, l'autre comme presse-papier. Tous deux venaient du Palais des Congrès, à la construction duquel mon père avait participé comme assistant-architecte. Le Palais des Congrès avait l'ambition de son appellation, mais il a très rapidement été reconverti en un cinéma géant. Lorsqu'il nous arrivait d'y aller et que nous accédions à la salle par l'arrière, à l'étage, je retrouvais le long de la montée d'escalier les lions de cuivre semblables à celui qui m'était familier, mais qui maintenaient ici les plaques de verre servant de rambarde, et je m'étonnais de les trouver si petits. Je n'ai pas de souvenir précis des parois de verre où les pavés comme celui de chez nous s'assemblaient, il me reste juste l'impression globale d'une architecture de béton mais légère et colorée, avec un parfum Tati des  années 60. L'image que j'ai gardé de la salle elle-même (mais peut-être est-ce le fruit de recoupements et d'extrapolations avec d'autres lieux ?) est celle d'un alignement de sièges séparés par de larges accoudoirs de bois, conçus à l'origine pour accueillir un casque d'écoute et sélectionner un canal de traduction pour les conférences internationales. Venu le temps de la transformation en salle de cinéma, les films que l'on pouvait voir se devaient d'être grand spectacle, cinémascope, 70mm, et d'occuper au maximum le format panoramique de l'écran qui était légèrement incurvé, à l'image finalement de la façade de verre du bâtiment que l'on aurait pu prendre elle aussi pour un écran géant, comme en un signe ironique de pré-destination. Égrener les années voit défiler dans ma mémoire "My Fair Lady", "Il était une fois dans l'Ouest", "2001, l'odyssée de l'espace". J'ai lu quelque part que la dernière projection, en 1996, a été celle d'un "Terminator"...

mardi 25 juin 2013

samedi 22 juin 2013

Mannequins (6)

Mexico (Mexique), novembre 1996

vendredi 21 juin 2013

"J'aime beaucoup ce que vous faites"


J'avais depuis un certain temps cette séquence "en réserve". Alain Poisson me donne aujourd'hui un bon prétexte pour la poster…