jeudi 18 novembre 2010

La maison (4)


En haut de la volée de marches conduisant au demi-étage, un corridor longeait un grand placard et conduisait à une pièce vaste et froide dont je ne pense pas qu’elle ait jamais été chauffée. C’était l’atelier. Les images qui m’en restent sont celles, contradictoires, d’un désordre de tables et de chevalets entassés sans précaution particulière et de la superposition méticuleuse de toiles sans châssis protégées par une couverture que l’on n’avait le droit de soulever que comme on l’aurait fait d’une relique. Il semblait que le temps s’était arrêté ici le jour où mon grand-père, n’y voyant plus, avait cessé de peindre et que rien n’avait plus changé depuis, hors cette couverture qu’on avait jeté sur les toiles pour qu’elles dorment en paix. 
Comme d’autres ont pu en photographier, mon grand-père dessinait et peignait des bonheurs tranquilles, ses filles lisant au jardin, des promenades sous les arbres, des rues ou des places de villes sans histoires. Ses personnages, brossés parfois d’une manière pouvant sembler malhabile, menaient des vies ordinaires qu’il saisissait comme un instantané photographique et les scènes qu’il fixait gardaient parfois la trace d’un détail à la façon dont un élément qui a pu entrer — sans qu’on en soit sur l’instant conscient — dans le champ d’une photo alors qu’on la prend, lui devient ensuite central lorsqu’on le remarque et, parfois, sa raison même. Ainsi du poteau sur cette esplanade, élément-clé pour moi de cette image dont je ne sais si elle était de quelque manière présente à mon esprit lorsque j’ai pris cette photo avec laquelle je ne peux m’empêcher de lui trouver une « parenté ».

mercredi 17 novembre 2010

La maison (3)

Que peut raconter le silence d’une maison qui était autrefois traversée par la musique ?
Si peu de choses ont changé dans le salon depuis si longtemps que les fauteuils au velours élimé semblent encore attendre qu’une séance reprenne, incrédules à cette idée que le piano se serait tu la dernière fois pour de bon et que les violons et le violoncelle, aujourd’hui volatilisés, ne sortiraient plus jamais de leurs étuis qui dorment en vrac dans les placards. Ce salon où personne ne s’est plus installé depuis bien des années semble maintenant se complaire dans sa pénombre, comme figé sous les regards des portraits de famille hiératiques l’observant depuis les cadres de leurs tableaux. Et, de la même façon qu’il suffit d’ouvrir la porte-fenêtre donnant sur le jardin, d’en pousser les volets et d’écarter les branches des arbres qui aujourd’hui s’y appuient pour conjurer l’obscurité, la poussière qui s’éclaire dans la lumière soudain projetée ranime dans sa vibration quelque chose qui pourrait ressembler à une mémoire pas encore éteinte de coups d’archet et d’accords — musique fantôme, écho lointain et diffus de ce que je ne peux qu’imaginer.

mardi 16 novembre 2010

lundi 15 novembre 2010

Cinéma, Cinémas (18)

Saint-Marc-sur-Mer,
16 novembre 2009

Il y a un an, presque jour pour jour, j'étais de passage à Saint Nazaire.
Si l'hôtel de Monsieur Hulot n'a pas tout à fait disparu, c'est un peu tout comme. La petite pension familiale est devenue un Best Western Hôtel de la Plage un peu pincé, où l'on mange désormais (très bien, rien à redire de ce côté-là) dans de grandes assiettes blanches et graphiques, aux larges bords saupoudrés de poivre et d'épices... On était déjà hors saison et la salle design aux baies vitrées était presque vide à l'heure du déjeuner, peut-être deux repas d'affaires et trois couples âgés s'ennuyant en silence. Dehors, pour ceux qui n'auraient pas compris, un panneau grand format indiquait "Plage de Monsieur Hulot", juste sous la sculpture dont, à la réflexion, je ne suis pas sûr qu'elle soit affublée d'une pipe...

dimanche 14 novembre 2010

samedi 13 novembre 2010

Passerelles (34)


Tampa (FL), novembre 1983 et Montréal, juin 2003

On a beau parler d'autre chose, on parle toujours un peu de soi. Par le regard qu'on a posé sur ce que l'on choisit de montrer, par ce qu'on en dit ou n'en dit pas. Et peu à peu se dessine ainsi un auto-portrait éclaté, un puzzle aux éléments épars dont, devenu aussi son propre spectateur, on découvre de temps en temps des pièces qui s'emboîtent bien, des agencements qui s'organisent et des zones plus larges qui se mettent à prendre un sens. Et des fois l'inverse.

vendredi 12 novembre 2010

jeudi 11 novembre 2010

Marina Beach

Chennai, janvier 2002

mercredi 10 novembre 2010

La maison (2)

© A.F., novembre 1957


Au silence s’ajoute l’obscurité.
Les aquarelles sont toujours là, accrochées un peu au hasard sur les murs du couloir d’entrée. Souvenirs de rares confidences — « Lui, c’était un artiste », « Ta tante aimait bien dessiner et peindre, moi je n’ai jamais vraiment su », … Quais, clochers, paysages. Scènes convenues, cadres de fortune.
Je pourrais me retourner pour vérifier que le jeu de cannes est toujours là lui aussi, en vrac à côté de la porte, juste en dessous des grosses clés pendues en paquets, mais je ne ressens pas le besoin de le faire. Il est là, je le sais. Et l’impression étrange que je pourrais plonger « infiniment » dans cette drôle de réalité — semblable en cela à celle de ces derniers rêves, juste avant le réveil, dont on prend le contrôle dans un demi-sommeil — s’estompe à l’instant même où j’en prends conscience, et tout se brouille peu à peu, et je me perds à essayer de fouiller des yeux les recoins qui s’offrent maintenant si mal à eux. Alors je me raccroche en repensant à ces quelques fois où, après être allé chercher de l’eau ou du pain à la cuisine, je m’arrêtais un instant dans ce même couloir avant de revenir dans la salle à manger, silencieux et immobile à côté du lourd rideau de velours qui double la porte, en rotation immatérielle sur mes pieds fixes, dans l’espoir peut-être de m’approprier quelque chose d’un peu magique. L’obscurité m’aidait à retenir ma respiration et mon regard, après avoir un peu flotté sur les murs — comme pour s’aider dans sa progression —, aimait à se glisser jusqu’au pied de l’escalier là-bas tout au bout du couloir, puis à suivre et monter des yeux les marches, aidé par la lumière filtrée de sous la porte du demi-étage. Une autre fois, j’imaginais plutôt que je contournais l’escalier sous lequel, paraît-il, se dissimulait l’entrée d’un passage dérobé débouchant dans un placard du salon, et si ce vague mystère, que je n’ai jamais pu vérifier tant les abords de ce passage supposé étaient de part et d’autre encombrés, n’avait sans doute rien de surnaturel, je me plaisais à voir confusément dans ce désordre banal quelque signe de connivence avec un monde différent, où tout cela m’aurait été naturel. Aussi naturel en fait qu’il en allait sans doute lorsque j’étais ce petit enfant dont quelques photographies trouvées plus tard, bien plus tard, attestent du passage en ces mêmes lieux, passage trop éphémère pour qu’un souvenir conscient ait pu m’en rester.

Amériques (21)

Dallas (TX), 20 mars 2010

mardi 9 novembre 2010

Passerelles (33)

Restaurant du Lac
Grande-Rivière, 16 août 2007
 
pour Zoé

Ce n'est pas l'Arizona, mais cette image qui te plaisait bien dans le "Written in the West" de Wim Wenders que nous avons feuilleté ensemble hier soir m'a (bizarrement peut-être, mais irrésistiblement) renvoyé à cette arrière-salle de restaurant que je n'aurais jamais connue si tu n'avais fait cet été-là un stage aux Cernois tout proches...

lundi 8 novembre 2010

Parking privé (5)

Houston (TX), 14 mars 2010

dimanche 7 novembre 2010

La maison (1)

Autrefois, il n’y avait ni porte ni barrière. On entrait directement dans la cour et, en quelques pas, on touchait au potager attenant à la terrasse. Et puis un jour, même si les planches qui limitaient le passage n’offraient qu’une protection symbolique, une séparatrice est apparue. Et puis un autre jour encore, il n’a plus été question d’entrer, les portes et les fenêtres étaient closes, les volets fermés. Alors c’était devenu le silence, un silence comme amplifié par la vie qui s’en était allée, oublieux des bruits qui montaient de la vallée.
Je me revois peu après ce jour-là, debout face à ces quelques planches regroupées en deux battants dont l’ouverture nécessitait une manœuvre en deux temps — retirer un anneau sommaire de fil de fer puis soulever l’ensemble tout en actionnant la poignée. À gauche sous le portique, une sonnette faite d’un triangle de métal, actionnant un long câble courant le long du mur jusqu’à une cloche au-dessus de la porte d’entrée. À droite, une boîte aux lettres de fortune, quelques planchettes assemblées en un réceptacle approximatif ouvert à toutes les intempéries avec — souvenir de ce qui, quelques années plus tôt, avait marqué ma découverte adolescente de ce lieu auparavant inconnu — un patronyme identique au mien inscrit d’une écriture anguleuse sur cette boîte. D’aussi loin que je pouvais me le rappeler alors, c’était la première fois que mon nom m’apparaissait ainsi, par l’extérieur et de façon presque étrangère, et ce petit rectangle de carton blanc fixé par deux punaises matérialisait pour moi une étrangeté aux autres sans doute toute naturelle : que l’on n’existe pas sans famille et que celle-ci — dût-on découvrir, brouilles supposées apaisées, des tantes insoupçonnées à l’âge de quinze ans — déborde de ses seuls parents.
Ainsi, je suis face à la barrière de cette maison (qui aurait pu être, sinon celle de mon enfance, du moins une « maison de famille » et qui ne l’aura jamais été vraiment, dans laquelle il m’aura toujours semblé être « en visite ») mais c’est comme si j’étais face à sa porte un peu plus loin à gauche, avec sa peinture écaillée et son heurtoir rouillé. Je sens confusément que mes pas ne franchiront sans doute plus jamais la limite fixée par cette barrière et ne fouleront pas davantage les dalles de la cour, mais me glisser en pensée devant cette porte me semble à la fois nécessaire et évident. Je reste sur le chemin mais je me projette de l’autre côté et c’est comme si j’y étais, comme si franchir la distance qui me sépare de cette porte allait de soi, comme s’il m’était possible de tourner la clé dans la serrure et d’entrer, comme si  j’entrais.
J’entre.

samedi 6 novembre 2010

Si les murs ont la parole...

Lyon, septembre 2010

... est-ce que les purs ont la morale ?

vendredi 5 novembre 2010

Es la hora

Mexico, avril 1997

jeudi 4 novembre 2010

Passerelles (32)

New York,
septembre 1986

Lorsqu'on a suivi jour après jour la correspondance new-yorkaise de Depardon dans les Libération de juillet 81 et qu'on s'est un temps fait un livre de chevet de son "Désert Américain", c'est tout naturellement qu'on regarde l'Amérique avec un filtre particulier. Des fois en toute conscience et des fois pas, témoin le long travelling de "New York, N.Y.", découvert des années après avoir pris depuis le même Roosevelt Island Tramway, en un aller-retour sans autre but que lui-même et juste après qu'il en ait tourné les images, ces photos d'un autre survol tranquille de Manhattan...


mercredi 3 novembre 2010

Dehors dedans

Parana, novembre 1997

mardi 2 novembre 2010

Chambres d'hôtel (44)

Hambourg, septembre 1986

"Le dimanche de cette semaine-là, il se promena parmi les étals du marché aux poissons, unique endroit à Hambourg qui sentait Gênes."

"La Pension des Nonnes" venait de paraître. De passage à Hambourg, il ne me fut pas trop difficile de trouver l'Hotel-Pension am Nonnenstieg dont j'espérais qu'il fût cette Pension des Nonnes, et surtout tel que dans le court roman de Pierre Veilletet. Le pavillon était bien de style rococco, mais nulle trace de patronnes jumelles ni de "vitraux filtrant une lumière verdâtre dans le vestibule" : à dire vrai, l'ensemble offrait, à son air propret, un je-ne-sais-quoi d'inachèvement et d'insatisfaction, et la chambre au rez-de-chaussée était à l'unisson, trop nette en fait pour ressembler au refuge où Domenico Pellegrini s'enfouissait en se détachant de Laura Narvi.

"Quiconque pénètre pour la première fois dans une chambre, sait d'instinct s'il doit la fuir, s'il y trouvera le repos, la détention, l'oubli ou la mort. Domenico posa ses bagages. C'était ici." La phrase était juste sans doute, mais la Pension des Nonnes n'était peut-être pas celle-là, et je n'étais pas Domenico.

lundi 1 novembre 2010

Signes (3)

Rome, 27 octobre 2010

dimanche 31 octobre 2010

Passerelles (31)

 Paris, janvier 1987

Rome, octobre 2010

Cafés (11)

Castroni Caffè,
Rome, 29 octobre 2010

vendredi 29 octobre 2010

Passage

Chiesa di s. Tommaso Apostolo in Parione,
Rome, 28 octobre 2010

jeudi 28 octobre 2010

Cinéma, Cinémas (17)

Trastevere,
Rome,
27 octobre 2010

mardi 26 octobre 2010

Cinéma, Cinémas (16)

Villa Borghese,
Rome,
26 octobre 2010

lundi 25 octobre 2010

AF 275

Tokyo-Paris, 18 octobre 2010

samedi 23 octobre 2010

du monde


aux quatre coins / le bout / la carte / le champion / le chant / citoyens / la coupe / la création / les derniers jours / les enfants / être coupé / une femme / la fin / les gens / l'image / l'invention / jusqu'au bout / le maître / la marche / médecins / le milieu / ne rien connaître / le nombril / l'origine / pas le moins / le plus vieux métier / points de vue images / pour tout l'or / le roi / se foutre / les sept merveilles / se retirer / le spectacle / le système / le toit / le tour / tous les matins / toute la mémoire / le trou du cul / l'usage / vivre à l'écart /

vendredi 22 octobre 2010

Rues de Tokyo (3)





Tokyo, octobre 2010

jeudi 21 octobre 2010

Cafés (10)

Montréal, juin 2003

mardi 19 octobre 2010

Passerelles (30)

 Lyon, janvier 2008

Tokyo, octobre 2010

Signes (2)

Tokyo, octobre 2010

dimanche 17 octobre 2010

Rues de Tokyo (2)

Tokyo,
16-17 octobre 2010






samedi 16 octobre 2010

La Jetée

pour Franz...

Shinjuku,
Tokyo,
16 octobre 2010