vendredi 10 août 2012
mardi 31 juillet 2012
Notes (7) et Passerelles (61)
Il y a quelques jours, cette jeune femme qui attendait à l'angle de la rue, blonde et fine silhouette vêtue de noir que le soleil encore bas éclairait comme un projecteur — les rayons glissant à l'exact parallèle des immeubles alignés sur le fond sombre desquels elle se détachait —, cette jeune femme donc m'évoquait instantanément ce à quoi pourrait ressembler A. dans peut-être dix ans, écho bouclé d'adolescence avec un rien de gravité nouvelle au coin des lèvres.
Quelques semaines auparavant, apparition en tons pastels au hasard d'un quai de gare, c'est S. que j'avais cru revoir, même mèche devant les yeux qu'il y a trente ans — à un poivre et sel près qui lui allait naturellement bien — et sans doute, si j'avais pu me rapprocher, la griffure émouvante de petites pattes d'oie au coin de ce regard de myope qu'elle fronçait en pinçant légèrement les lèvres.
Aujourd'hui, c'est Markus Hansen qui, en page V du Cahier d'été de Libération, nous relativise tout ça !
Quelques semaines auparavant, apparition en tons pastels au hasard d'un quai de gare, c'est S. que j'avais cru revoir, même mèche devant les yeux qu'il y a trente ans — à un poivre et sel près qui lui allait naturellement bien — et sans doute, si j'avais pu me rapprocher, la griffure émouvante de petites pattes d'oie au coin de ce regard de myope qu'elle fronçait en pinçant légèrement les lèvres.
Aujourd'hui, c'est Markus Hansen qui, en page V du Cahier d'été de Libération, nous relativise tout ça !
vendredi 27 juillet 2012
Notes (6) et Passerelles (60)
Si les jeunes filles de Godfried Schalcken laissaient à une chandelle le soin d'éclairer la douceur de leurs traits, c'est plus souvent à la lueur d'un smartphone que celles d'aujourd'hui se confient.
jeudi 26 juillet 2012
Image en été
Il n'y a pas deux semaines, je fermais provisoirement — mais sincèrement — ce blog sur une image d'hiver (au symbolisme peut-être un peu appuyé, mais ce qui est fait est fait) et voici que le lendemain ou presque, je tombais sur une phrase
faisant opportunément écho à cette image et à mes raisons diffuses d'arrêter. Site web ou site archéologique, même stratification. Même exposition potentielle à qui veut bien le visiter sans que l'on en sache le plus souvent quoi que ce soit, même disparition permanente de l'instant dans l'oubli. C'était dans Un mage en été d'Olivier Cadiot, Olivier Cadiot — monologues intérieurs, poésie, burlesque, tourbillon de la langue — que je lis en série (Le Colonel des Zouaves, Fairy queen, Retour définitif et durable de l'être aimé… j'ai des périodes comme ça) et fais lire
autour de moi. Associations, portes que l'on ouvre (Alphaville !), rideaux que l'on soulève,
digressions. Parfois aussi des images en déclencheur. Finalement quelque chose du chantier qu'est ce lieu virtuel dont la fin permanente, plus que provisoirement définitive, est définitivement provisoire…
je lis Un mage en été
faisant opportunément écho à cette image et à mes raisons diffuses d'arrêter. Site web ou site archéologique, même stratification. Même exposition potentielle à qui veut bien le visiter sans que l'on en sache le plus souvent quoi que ce soit, même disparition permanente de l'instant dans l'oubli. C'était dans Un mage en été d'Olivier Cadiot, Olivier Cadiot — monologues intérieurs, poésie, burlesque, tourbillon de la langue — que je lis en série (Le Colonel des Zouaves, Fairy queen, Retour définitif et durable de l'être aimé… j'ai des périodes comme ça) et fais lire
Z. lit Fairy queen
autour de moi. Associations, portes que l'on ouvre (Alphaville !), rideaux que l'on soulève,
un rideau que l'on soulève
digressions. Parfois aussi des images en déclencheur. Finalement quelque chose du chantier qu'est ce lieu virtuel dont la fin permanente, plus que provisoirement définitive, est définitivement provisoire…
vendredi 13 juillet 2012
mercredi 11 juillet 2012
samedi 7 juillet 2012
Retour sur images
Pourquoi une image plutôt qu'une autre ? Quel ressort à l'œuvre qui, comme une rivière que l'on traverserait de pierre en pierre, dessinerait un semblant d'ordre dans une logique faite de proximité, de voisinage, d'associations ? De rappels et de mémoire ?
Lundi. Aller-retour rapide à Paris pour une réunion d'après-midi. En sortant, le Pont des Arts croule sous les touristes, lumière avantageuse sur les cadenas des amoureux, rituels des dédicaces, des installations, couples se photographiant, s'embrassant, se photographiant en train de s'embrasser. Une grappe d'américaines en robes bleues et roses, silhouettes légèrement penchées en arrière, photographient la Seine dans un même élan parallèle et smartphonique. Juste à côté, ce sont des jeunes filles voilées, sans doute des iraniennes, se faisant immortaliser à tour de rôle en arborant bien en évidence les sacs chics de leurs emplettes. Je remonte jusqu'à la station Châtelet en longeant la Samaritaine. L'été est là, lunettes noires et tenues légères mais, ce qui frappe le plus, ce sont les téléphones omniprésents, tenus à bout de bras, brandis, collés à l'oreille, vantés sur les affiches. Une image au vol, ce sera celle du jour.
Mardi. Holy Motors avec ma fille : retour inattendu à la Samaritaine, images aussi des lettres géantes sur le toit rappelant The Million Dollar Hotel. Relecture des photos d'hier sur le Pont des Arts, va pour la robe jaune aux motifs de crochets éclatés.
Mercredi. Envie de couleur, mais aussi de silence. Je ressors des photos de Saragosse. En rentrant en fin d'après-midi, je trouve ma fille en train de revoir The Million Dollar Hotel. Je regarde la fin avec elle et je repense à d'autres hôtels aux Etats-Unis, parfois traversés, aimantant toujours le regard par la magie de leurs inscriptions démesurées.
Jeudi. Retrouvé la photo que je cherchais, avec au fond de l'image ce grand hôtel comme un paquebot, mais c'est un tirage papier qu'il faut scanner. Je la regarde comme s'il s'agissait d'un autre temps. Rien ne semble plus pareil aujourd'hui, petit pincement en se disant qu'il y a des photos qui ne pourront plus jamais être refaites. Holy Motors encore avec Piccoli disant, classiquement, que la beauté est dans l'œil de celui qui regarde, mais ajoutant : "Et si plus personne ne regarde ?".
Vendredi. Zapping dans les argentiques en attente, je retiens la soubrette de Vienne et son doigt coupé. Pour beaucoup de raisons finalement, mais pas la peine de toujours vouloir tout expliciter.
Samedi. Rien.
Lundi. Aller-retour rapide à Paris pour une réunion d'après-midi. En sortant, le Pont des Arts croule sous les touristes, lumière avantageuse sur les cadenas des amoureux, rituels des dédicaces, des installations, couples se photographiant, s'embrassant, se photographiant en train de s'embrasser. Une grappe d'américaines en robes bleues et roses, silhouettes légèrement penchées en arrière, photographient la Seine dans un même élan parallèle et smartphonique. Juste à côté, ce sont des jeunes filles voilées, sans doute des iraniennes, se faisant immortaliser à tour de rôle en arborant bien en évidence les sacs chics de leurs emplettes. Je remonte jusqu'à la station Châtelet en longeant la Samaritaine. L'été est là, lunettes noires et tenues légères mais, ce qui frappe le plus, ce sont les téléphones omniprésents, tenus à bout de bras, brandis, collés à l'oreille, vantés sur les affiches. Une image au vol, ce sera celle du jour.
Mardi. Holy Motors avec ma fille : retour inattendu à la Samaritaine, images aussi des lettres géantes sur le toit rappelant The Million Dollar Hotel. Relecture des photos d'hier sur le Pont des Arts, va pour la robe jaune aux motifs de crochets éclatés.
Mercredi. Envie de couleur, mais aussi de silence. Je ressors des photos de Saragosse. En rentrant en fin d'après-midi, je trouve ma fille en train de revoir The Million Dollar Hotel. Je regarde la fin avec elle et je repense à d'autres hôtels aux Etats-Unis, parfois traversés, aimantant toujours le regard par la magie de leurs inscriptions démesurées.
Jeudi. Retrouvé la photo que je cherchais, avec au fond de l'image ce grand hôtel comme un paquebot, mais c'est un tirage papier qu'il faut scanner. Je la regarde comme s'il s'agissait d'un autre temps. Rien ne semble plus pareil aujourd'hui, petit pincement en se disant qu'il y a des photos qui ne pourront plus jamais être refaites. Holy Motors encore avec Piccoli disant, classiquement, que la beauté est dans l'œil de celui qui regarde, mais ajoutant : "Et si plus personne ne regarde ?".
Vendredi. Zapping dans les argentiques en attente, je retiens la soubrette de Vienne et son doigt coupé. Pour beaucoup de raisons finalement, mais pas la peine de toujours vouloir tout expliciter.
Samedi. Rien.
vendredi 6 juillet 2012
jeudi 5 juillet 2012
mercredi 4 juillet 2012
mardi 3 juillet 2012
lundi 2 juillet 2012
vendredi 29 juin 2012
jeudi 28 juin 2012
Chambres d'hôtel (Hors Série 10)
Peyresq,
27-28 juin 2012
Le presque silence de la chambre veut dire un bourdonnement diffus niché au fond des oreilles, une modulation à bas bruit à laquelle on s'accroche et qui va s'amplifiant lorsqu'on la remarque et cherche à l'identifier. Cassé de temps en temps par le vrombissement crescendo-decrescendo d'une mouche qui passe, le sifflement pointu d'un oiseau tout proche ou ce que l'on croit être la trace lointaine d'une conversation d'où émerge, inintelligible mais familier, l'éclat de quelques voix, le silence revient chaque fois s'installer comme il est parti, sourd et tangible. Derrière le volet clos, des feuillages. La lumière qui les traverse et diffracte par les interstices du bois clignote sur le drap au rythme du vent, tremblant sur place comme l'image, projetée et floue, d'un film muet. Vu du lit, le ciel découpé par l'autre fenêtre, celle de la porte d'entrée, semble parfaitement lisse et l'on guette en vain, derrière les fantômes dansants que l'on agite au fond de l'œil à chaque saccade, ce qui en distrairait l'uniformité. Aujourd'hui, même l'espace est silencieux.
27-28 juin 2012
Le presque silence de la chambre veut dire un bourdonnement diffus niché au fond des oreilles, une modulation à bas bruit à laquelle on s'accroche et qui va s'amplifiant lorsqu'on la remarque et cherche à l'identifier. Cassé de temps en temps par le vrombissement crescendo-decrescendo d'une mouche qui passe, le sifflement pointu d'un oiseau tout proche ou ce que l'on croit être la trace lointaine d'une conversation d'où émerge, inintelligible mais familier, l'éclat de quelques voix, le silence revient chaque fois s'installer comme il est parti, sourd et tangible. Derrière le volet clos, des feuillages. La lumière qui les traverse et diffracte par les interstices du bois clignote sur le drap au rythme du vent, tremblant sur place comme l'image, projetée et floue, d'un film muet. Vu du lit, le ciel découpé par l'autre fenêtre, celle de la porte d'entrée, semble parfaitement lisse et l'on guette en vain, derrière les fantômes dansants que l'on agite au fond de l'œil à chaque saccade, ce qui en distrairait l'uniformité. Aujourd'hui, même l'espace est silencieux.
mercredi 27 juin 2012
Chambres d'hôtel (Hors Série 9)
Hôtel Monge,
Saint André les Alpes, 25 juin 2012
Nul besoin d'une chambre, juste l'irrépressible envie d'aller voir à quoi ressemble vraiment, de l'intérieur, cette grande bâtisse à peine entr'aperçue qui se déclare hôtel en lettres rouges tout en se cachant derrière des feuillages envahissants, et qui insiste en affichant sur la rue un écriteau "ouvert", histoire de contredire le message silencieux envoyé par les volets presque tous fermés. Passé le portail, c'est cour gravillonnée, chaises de jardin disparates, garage ouvert sur une camionnette et volée de marches conduisant à la porte principale. Personne alentour, personne à l'accueil. Dans le salon attenant à l'entrée, une télé allumée débite dans le vide le flot de ses informations et, entre canapé et fauteuils colorés, une table basse décline comme partout le désordre de quelques revues ouvertes. Toujours personne. Juste à côté de la banque derrière laquelle sont suspendues quelques clés, un escalier aux marches de pierre et de bois s'évade vers le demi-étage. Sur la gauche, une double porte vitrée marque l'entrée d'une salle de restaurant accueillante, vaste et lumineuse. Fenêtres sur trois côtés, nappes blanches et tables mises pour le prochain petit-déjeuner si l'on en croit les tasses renversées dans les assiettes. Aller plus loin relèverait de l'intrusion. Je redescends, prends une carte de visite sur le comptoir — aussi un Mi-Cho-Ko (ô doux souvenir d'enfance !) dans un bol de bonbons — et je sors, traversant solitaire la cour en refermant derrière moi, de symétrique manière, la parenthèse d'espace-temps que j'avais ouverte.
mardi 26 juin 2012
dimanche 24 juin 2012
mercredi 20 juin 2012
Eyes wide shut (2)
Il aura fallu près de deux ans pour que, après avoir été vidé, repeint
et réinvesti, mon bureau retrouve, lorsqu'on en ouvre la porte après
plusieurs jours d'absence, cette odeur si particulière des bibliothèques
d'autrefois, celles qui sombres, silencieuses et secrètes, vous ont un
jour fait aimer les livres encore davantage.
Eyes wide shut (1)
Tôt le matin, personne au labo ou presque. Dans la salle commune où les machines à café ne sont pas encore mises en route, le sol est mouillé d'avoir été fraîchement lavé et l'odeur qui flotte vous emmène instantanément ailleurs, pesant son poids de tristesse dans un mélange aigre-doux de lessive et de nourriture, écho olfactif d'hôpital et de maison de retraite dont ni le silence de la pièce ni l'obscurité des couloirs ne viennent dissiper l'illusion.
mardi 19 juin 2012
lundi 18 juin 2012
dimanche 17 juin 2012
samedi 16 juin 2012
mercredi 13 juin 2012
mardi 12 juin 2012
lundi 11 juin 2012
vendredi 8 juin 2012
jeudi 7 juin 2012
mardi 5 juin 2012
lundi 4 juin 2012
dimanche 3 juin 2012
Vivre la vie
Podgorica (Monténégro), 1er juin 2012
Une estrade toute en longueur a été installée sur la place. Prestation prise en route, mais visiblement un exercice de défilé pour jeunes mannequins. Micro en main, une meneuse de jeu directive leur fait parcourir encore et encore le podium devant un public presque inexistant, fait surtout de gamins en rollers s'approchant très près de l'action et d'une grappe de jeunes garçons à peine plus âgés, un peu plus en retrait. Fin de la musique, maigres applaudissements, dispersion.
La Cina è vicina
Shkodër (Albanie), 1er juin 2012
En arrivant dans Shkodër, la première chose que remarque L. est la peinture qui vient de faire son apparition sur les murs des immeubles, gommant l'ancienne uniformité des briques nues qui prévalait jusque sur les grands axes. Maintenant sur les toits mais encore souvent accrochés aux façades, les réservoirs d'eau côtoient les paraboles, l'alimentation électrique continuant à déployer sa toile d'araignée anarchique à l'air libre. Des quartiers entiers se construisent, ici un hôtel 5 étoiles dont la façade de verre fumé et de métal surplombe le parc où les vieux jouent aux échecs sous les arbres, là une rue piétonne rassemblant la jeunesse dans une enfilade de bars, de restaurants, de pubs et de terrasses ne se distinguant en rien, vêtements et musique réunis, de ce que l'on peut trouver un peu partout dans le monde. Et puis à deux pas, c'est un marché de rue étalant à même le trottoir ses poissons et ses écheveaux de tabac en vrac, face à des échoppes remplies d'ustensiles ménagers dont le dénominateur commun est pour beaucoup d'être de plastique et coloré. Quelque chose finalement de la Chine…
Time machine
Koplik (Albanie),
1er juin 2012
Avant de rejoindre Shkodër, détour par Koplik pour vérifier que rien ou presque n'a bougé depuis les années 70.
1er juin 2012
Avant de rejoindre Shkodër, détour par Koplik pour vérifier que rien ou presque n'a bougé depuis les années 70.
Après
sur la route de Shkodër (Albanie), 1er juin 2012
L'Albanie, L. (qui m'y emmène) y était "allé voir" dès l'ouverture de la frontière. Il y est retourné plusieurs fois mais pas depuis deux ans, et c'est avec une pointe de fébrilité qu'il revient aujourd'hui y confronter le présent à ce passé encore si proche. Les routes qui se refont, encore sans signalisation et disproportionnées pour le trafic, les ronds-points en construction au milieu de nulle part, la lente agonie des stations-service abandonnées, autrefois en nombre inimaginable. La disparition progressive aussi des bunkers individuels qui, enfoncés dans la terre, égrenaient par milliers leurs dômes de béton dans tous les champs du pays. Trouvé quelques-uns émergeant comme de mini-tours du sol qui a été profondément creusé. Juste en face, des enfants cueillent des fruits.
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