Singapour, dimanche 13 décembre 2009
Alors Singapour...
Eh bien Singapour aseptisé, sécurisé et calme, si calme en ce dimanche — calme jusque dans son Chinatown aux échoppes interchangeables et aux touristes épars. Les rues du quartier des affaires semblent désertes, mais les hauts buildings abritent un peu partout des centres commerciaux sans âme à l'agitation tranquille. Promenade obligée sur le front de mer et refuge au Starbucks pendant le quart d'heure de pluie torrentielle, pause bercée par une musique lancinante "d'ascenseur" quoique de Noël. Retour entre pelouses et bâtiments officiels.
Quelques images en passant, représentatives de guère plus qu'elles-mêmes...
dimanche 13 décembre 2009
samedi 12 décembre 2009
Chambres d'hôtel (20)
Venise, novembre 1983D'où tenait-elle l'adresse ? Toujours est-il que c'est Françoise R. qui nous fit découvrir la Casa de Stefani au tout début des années 80 et que nous en fîmes notre point de chute vénitien pendant plusieurs années, presque toujours en novembre. Souvenirs de réservations aléatoires, de trains de nuit nous faisant parfois arriver avant que la pension ne soit ouverte et traîner autour du Campo San Barnaba désert à la recherche d'un café où attendre. Et puis l'entrée très sombre et son odeur entêtante de pisse de chat. Et encore l'espace immense du salon du premier étage sur lequel donnaient quelques chambres, sol de marbre, fresques à l'abandon et hauts fauteuils de bois — inconfortables et si travaillés qu'on aurait pu les croire sortis tout droit du chœur d'une église gothique. Et enfin les chambres dont l'exploration successive au fil des ans souligna la grande disparité, de la minuscule 6 (à éviter) à l'imposante 11, soixante mètres carrés au moins, fenêtres donnant sur la ruelle, avec dans un coin une cabine de douche posée comme une verrue, installée sans ménagement aucun pour ce qui restait des fresques au mur.
Lorsque la "Suite Vénitienne" de Sophie Calle sortira en 1982, nous y apprendrons que c'est là que résidait le Henri B. qu'elle cherchait à retrouver, et la raison d'y retourner en sera démultipliée jusqu'à ce que la pension ferme et qu'il faille aller ailleurs. Des années plus tard, je lirai dans "L'Italie Retrouvée" de Jean-Louis Vaudoyer que c'est sur la Casa de Stefani qu'il se rabattra lorsque, revenant à Venise longtemps après ses années de "club des longues moustaches" (avec, entre autres compagnons, Henri de Régnier dont on vient de ré-éditer "L'Altana"), il trouvera fermée la Casa Zuliani qui était auparavant son repaire.
Après bien des années de porte close, la Casa de Stefani s'est transformée en un hôtel plus chic et plus cher, au lobby un peu clinquant. Tout a semble-t-il été refait et, si ses fantômes n'ont pas tout à fait disparu, c'est sans doute plutôt mêlés aux échos des pas sur les pavés de la Calle Lungha San Barnaba qu'il faut espérer maintenant les croiser.
vendredi 11 décembre 2009
Amériques (5)
La route se termine en hésitant, cul-de-sac de terre battue, parking informel où l'on se gare au petit bonheur. Une balustrade de bois, quelques bancs que des générations de promeneurs et d'amoureux ont gravés au couteau, et puis le fleuve de passage, large et lent, que l'on regarde en silence alors que s'étire la fin de l'après-midi.
jeudi 10 décembre 2009
mercredi 9 décembre 2009
Chambres d'hôtel (19)
Le train de nuit en provenance de Bangalore est arrivé à l'heure.
Sortir à cinq heures du matin de la gare de Chennai, c'est débarquer sans préavis dans un monde dont la violence visuelle est renforcée par l'obscurité encore lourde des rues mal éclairées. C'est aborder de front aux rivages d'une réalité qui est loin des chatoiements de la pleine journée qui la rendront plus abstraite et c'est — avançant aux pointillés fluctuants des braseros jalonnant la chaussée — devoir se frayer un chemin au milieu même de ceux qui y vivent et y terminent leur nuit.
L'agitation naissante s'estompe très vite dès que l'on se glisse dans les rues adjacentes, mais il est trop tôt encore pour espérer trouver autre chose que porte close aux quelques petits hôtels qui s'y échelonnent. Poussant plus loin alors que le jour commence à pointer, le Tristar Hotel offre un point de chute moderne et aseptisé où l'on se réfugie sans enthousiasme.
De l'autre côté du boulevard qui se perd dans la brume, des palissades grand format dissimulent l'entrée d'un quartier de planches et de tôles où, n'étant que de passage, l'idée même de photographier me devient totalement étrangère.
mardi 8 décembre 2009
Photos que l'on aurait pu prendre (5)

Le jour où j'ai fait ma première photo, par Jean-Philippe Toussaint (2001)
"Ma première photo, je l'ai faite vers quarante ans — à trente-neuf ans exactement, quelques jours après mon anniversaire de trente-neuf ans. Certes, à vingt ans, j'avais déjà fait quelques photos que je développais dans ma salle de bain. [...] Plus tard, vers trente ans, ce n'est plus que dans mes livres que je fis des photos. Les plus emblématiques sont celles que j'ai faites dans L'Appareil-photo, avec un appareil volé, quelques photos mentales prises en courant dans la nuit dans les escaliers d'un navire, photos uniformément sous-exposées qui, lorsque je les fis développer, ne révélèrent rien d'autre que quelques traces de mon absence." ... lire la suite
lundi 7 décembre 2009
Chambres d'hôtel (18)
Un mur crépi, un oreiller... ce pourrait être n'importe où.
Les chambres du Centre Paul Langevin ont le confort pragmatique de ces lieux d'accueil de collectivités servant de centres pour colloques en basse saison. Mobilier en pin, placards verts et, au mur, une affiche Samivel un peu passée du Parc Naturel des Ecrins.
Petit-déjeuner à partir de 7h30.
Ne pas oublier de laisser la clef sur le tableau avant le départ (clef perdue : 20 €).
dimanche 6 décembre 2009
samedi 5 décembre 2009
vendredi 4 décembre 2009
Paysages intermédiaires (11)
jeudi 3 décembre 2009
mercredi 2 décembre 2009
mardi 1 décembre 2009
lundi 30 novembre 2009
Chambres d'hôtel (17)
Hôtel Molino del Rey,Guanajuato, décembre 1994
Une chambre d'hôtel, c'est aussi les bruits du dehors qui y pénètrent et en font partie au même titre que le papier peint, la lampe de chevet ou le dessus de lit. On s'endort au son de la circulation qui s'amenuise et des éclats de voix qui, de temps en temps, résonnent avant de se perdre au coin de la rue. On se réveille au va-et-vient des livreurs klaxonnés par les taxis et aux rires des enfants sur le chemin de l'école. Et lorsque le silence se fait aux heures chaudes de la journée, c'est celui de la ville qui s'assoupit qui entre dans la chambre et s'y installe.
dimanche 29 novembre 2009
samedi 28 novembre 2009
Paysages intermédiaires (10)
Un peu plus de cinq ans que le régime de Ceaucescu est tombé et que les restrictions d'alimentation ont en grande partie disparu. Et pourtant, chaque jour dès avant six heures du matin, une queue faite de gens plutôt âgés se forme en face des grilles du Politehnica pour du lait que l'on trouve désormais sans difficulté toute la journée. Transition longue à absorber après un changement brutal, comme ces ralentissements sur l'autoroute qui s'évanouissent lorsque l'on passe sur le lieu même où ce qui en a été la cause a disparu depuis longtemps déjà.
vendredi 27 novembre 2009
jeudi 26 novembre 2009
Photos que l'on aurait pu prendre (4)
Thanksgiving, il y a treize ans exactement. Quatre jours de route dans le Texas profond avec Rich B., de Houston à la frontière mexicaine en passant par San Antonio et retour.
Photo pas prise 1. Le Denny's de Columbus affiche un menu "spécial dinde". Trois ou quatre esseulés perdus sous la débauche de néons d'une salle à la gaieté factice.
Photo pas prise 2. Un coffee shop vert et blanc en bord de route où le temps semble s'être arrêté, tenu par une femme d'âge moyen aidée par celle qui est visiblement sa mère. Toutes deux, qui sont habillées à l'identique du même tablier vert et de la même petite coiffe blanche dans les cheveux, sont bientôt rejointes par la fille/petite-fille qui est l'exacte copie des deux autres. Hésitation à leur proposer de les photographier. Regret de ne pas l'avoir fait.
Photo pas prise 3. Sur une route de traverse où ne passe quasiment aucune circulation, une camionnette arrêtée sur le bas-côté, qui vend du fudge artisanal.
Photo pas prise 4. Un "Family restaurant" où bruncher le dimanche matin. Pas d'indication à l'extérieur du bâtiment en forme de long parallélépipède de béton, le seul indice pour l'identifier étant le rassemblement des pick-ups de chasseurs qui l'entoure. A l'intérieur, des tablées de red necks dans la pénombre.
Photo prise (quand même, mais où ?). Une cabane de fortune autour d'un gigantesque poêle où se prépare à feu continu de la viande cuite au barbecue. Salle à manger de quelques tables, nappe en toile cirée et fond de télé.
mercredi 25 novembre 2009
Paysages intermédiaires (9)
Maine, été 2002"Il y a cette magie des noms de lieu qui agit comme l'éther sur la cervelle des gosses (j'en étais) vautrés sur des atlas les longs dimanches de pluie. On lit : Tucuman, Surabaya, Flores — on se dit "un jour j'irai là-bas" — on dessine avec l'ongle du pouce le cours du Yukan sur le beurre de sa tartine. Souvent cette toponymie prestigieuse est mensongère et vous conduit dans un de ces "culs du monde" qui n'offrent que tôle ondulée, chiens efflanqués, putes édentées et modiques arnaques à la mesure du lieu. Il suffit alors d'avaler plusieurs fois sa salive, sa déception… et de poursuivre, parce que souvent aussi, à moins d'une heure de cariole ou à bon pas une bourgade qui a négligé de mettre son nom sur la carte — ou alors un nom que l'œil saute — vous attendait, vous, précisément vous : Belle au bois dormant, et c'est le paradis, fardé de fine poussière et de fraîcheur. Et c'est une mosquée vert pistache plus légère que son ombre, des gamins tondus stridents qui fouettent leur toupie, des perdrix dans des cages d'osier frais coupé, une petite place et le tremblement éperdu des peupliers blancs d'Asie, et personne, bien sûr, ne vous a dit "tout est là".
En route, le mieux c'est de se perdre. Lorsqu'on s'égare, les projets font place aux surprises et c'est alors, mais alors seulement que le voyage commence." (Atlas, Nicolas Bouvier)
mardi 24 novembre 2009
Chambres d'hôtel (15)
Lorsqu'on s'y retrouve souvent seul, les chambres d'hôtel sont par excellence un appel à l'autoportrait. Figures de style rebattues, images cliché s'il en est, ces photos ne disent en général pas grand chose et montrent très peu mais on y sacrifie quand même de temps en temps, sans trop savoir ni pourquoi ni ce qu'on en fera ensuite...
lundi 23 novembre 2009
dimanche 22 novembre 2009
samedi 21 novembre 2009
Chambres d'hôtel (14)
La "bande négatif" est datée d'août 1983 et la photo 0-0A est la première d'une série prise au Yucatan. Donc, va pour Merida, et alors pour l'Hotel Sevilla.
Image un peu trop floue, quelque chose d'un peu noir aussi. Avec, aujourd'hui que son journal vient d'être réédité, une pensée pour Alix Cléo Roubaud qui "photographiai[t] de tranquilles pelouses et du bonheur familial".
vendredi 20 novembre 2009
Vélo, boulot, dodo (3)
pour Jean-François L.
C'est un petit détour, mais des fois je repasse dans cette rue où
j'ai habité il y a longtemps. De la supérette à la pharmacie en passant par la boucherie et le tabac-journaux, les commerces ont peu à peu été tous abandonnés, le café-théatre a fermé ses portes comme le restaurant réunionnais, et les volets clos le disputent aux tags.
La porte d'allée du 9 a aujourd'hui un digicode.


jeudi 19 novembre 2009
Chambres d'hôtel (13)
Un "hôtel" qui roule, qui grince et dont la porte d'entrée donne sur la voie. Une "chambre" où, tout en s'endormant dans le bruit et les cahots, on est réveillé par le silence soudain de l'arrêt au passage de la frontière. Une fenêtre d'où l'on voit le jour se lever sur une plaine à perte de vue et d'où l'on guette les stations AGIP et les signes disant que, oui, on est bien passé de l'autre côté des Alpes.
mardi 17 novembre 2009
lundi 16 novembre 2009
dimanche 15 novembre 2009
Chambres d'hôtel (12)
Las Vegas (NV),mars 1984
Le néon historique du Stardust a été rasé en 2007 après que l'Hôtel et le Casino aient été détruits en grande pompe, alors à quoi bon chercher à se souvenir du nom du motel bon marché dont on occupait la chambre 22 il y a 25 ans, et dont il y a bien peu de chances qu'il existe encore ?
Quelques années plus tard, un autre Las Vegas mais au Nouveau-Mexique, qui ressemblait bien peu à celui du Nevada. Un parfum d'abandon flottait un peu partout et des bâtisses de briques défraîchies exposaient leurs portes et fenêtres condamnées au silence des rues désertes. Donnant sur la place centrale, un Hotel Plaza au lobby clair et silencieux attendait le client, comme avec flegme et résignation.
vendredi 13 novembre 2009
jeudi 12 novembre 2009
Photos que l'on aurait pu prendre (3)
T-shirt blanc très grand sur un pantalon collant noir, chaussettes rouges et baskets / Bustier vert collant à encolure large, rentré dans un jean serré à ceinture à bout argent, chaussures marrons à talons plats / Petite veste courte noire, jupe grise plutôt courte, collants et escarpins noirs / Sweat-shirt US, jupe écossaise courte, chaussettes blanches et collants noirs / Gros pull de coton clair sur un jean délavé, chaussettes blanches et mocassins marrons / Chemise rouille à manches très larges sur un jean, mocassins rouges / Veste rouille, fuseau noir, petites chaussures noires / Haut noir échancré et pull blanc noué autour de la taille, jean clair court et nu-pieds à semelles épaisses / Chemise noire, jupe short blanche, chaussettes et chaussures noires / Chemise à carreaux, sac à dos noir, pantalon carmin, nu-pieds / Tailleur cintré rouge, jupe assortie, bas et talons hauts noirs / T-shirt rayé bleu et blanc, rentré dans un pantalon blanc, nu-pieds marrons / Pull de laine “fait main”, jean large et mocassins / Pull ample brodé de perles, fuseau noir, escarpins noirs / T-shirt noir et large à dessins dans le dos, pantalon rouge et rangers / Chemisier noir, jupe-culotte vert pâle, collants noirs et escarpins gris souris / Sweat-shirt violet, salopette en jean et Clark’s / Chemisier orange sous un tailleur noir à épaulettes, jupe noire serrée, collants et escarpins noirs à petits talons / Mini-robe noire brodée d’argent, collants et Doc Martens / T-shirt blanc et sac à dos noir porté très bas, pantalon bleu clair à pattes d’éléphant, grosses chaussures noires / Pull vert pomme large sur jean bleu clair, chaussures plates marrons / Pull grenat ample sur un short taillé dans un jean, espadrilles / Tunique bleu marine, pantalon jaune, tennis blanches / Pull de coton blanc très long, jean serré et tennis blanches / Blouson de cuir ouvert sur un T-shirt blanc, jean noir et baskets de cuir marrons / Petite robe noire sur un haut blanc à manches longues, collants et escarpins noirs à talons plats / Chemise blanche brodée, pantalon de velours rouge, chaussures plates noires.
vu et noté le mardi 6 décembre 1994
entre 19 heures et 19 heures 30,
depuis la terrasse de la Posada Santa Fe,
zocalo de Guanajuato (Mexique)
entre 19 heures et 19 heures 30,
depuis la terrasse de la Posada Santa Fe,
zocalo de Guanajuato (Mexique)
mercredi 11 novembre 2009
n&b (7)
"J'ai la mémoire qui flanche, j'me souviens plus très bien de quelle couleur étaient ses yeux, j'crois pas qu'ils étaient bleu. Etaient-ils vert ? Etaient-ils gris ? Etaient-ils vert-de-gris ? Ou changeaient-ils tout l'temps d'couleur, pour un non pour un oui ?"Il en va des souvenirs comme des rêves, parfois on ne saurait dire s'ils sont en noir et blanc ou en couleurs. On parle parfois de "mémoire photographique" mais seules les photos virtuelles ne jaunissent pas et la mémoire n'est sans doute pas de celles-là, vivant sa vie et s'accrochant à ce qui lui donne sens, élaguant et transformant au fil du temps qui passe. Les cathédrales et les temples égyptiens ont perdu leurs couleurs et tant de choses et de lieux ont été fixés sur des images en n&b qu'il est parfois difficile de les voir autrement et sans que la mémoire que l'on en a, qu'elle soit réelle ou par procuration, ne s'y projette comme une photographie.
Comment rêvait-on avant l'invention de la photo ?
lundi 9 novembre 2009
dimanche 8 novembre 2009
samedi 7 novembre 2009
Chambres d'hôtel (11)
Princeton, mars 1996Ce n'est pas à proprement parler un hôtel, c'est une Guest House, un endroit un peu hors du temps où l'on peut avoir la chance de résider pour quelques jours ou quelques semaines si l'on est invité par l'Université.
La Palmer House est une maison du 19ème siécle qui a le charme des fauteuils profonds, des parquets qui craquent et d'une argenterie qu'on dirait de famille. Le silence y est maître, le service parfait est d'une discrétion qui confine à l'invisibilité et, comme on est entre gens de bonne compagnie, les chambres ne ferment pas à clé. Lorsqu'on arrive le premier soir, la seule formalité est de décliner ses nom, prénom et adresse sur un livre d'hôtes posé sur un buffet près de l'entrée. Juste à côté du livre ce soir-là, il y a un petit chevalet de bois sur lequel est posée une enveloppe.
Une enveloppe au nom de "Jeanne Moreau".
Je ne suis pas particulièrement people, mais Jeanne Moreau c'est quand même quelque chose. C'est Jules et Jim et La Notte, c'est Louis Malle, Losey, Welles et Fassbinder, c'est Duras et les chansons de Rezvani, c'est... Alors Jeanne Moreau à la Palmer House... à moins qu'il ne s'agisse d'une simple homonymie ?
L'enveloppe est encore là le lendemain matin, le soir aussi lorsque je rentre et plusieurs jours encore avant qu'elle ne disparaisse et que sur le livre soit alors bien écrit "Name : Moreau, First Name : Jeanne, Address : 18 square... 75... Paris, France". Montant à l'étage, il m'est facile de remarquer que la chambre à côté de la mienne est désormais occupée, avec plusieurs sacs de shopping posés devant la porte entrouverte.
Elle est là, je l'entends, et il en sera ainsi plusieurs soirs, mais jamais je ne la croiserai et jamais elle ne descendra dans la salle commune du petit-déjeuner où seul un professeur australien a apparemment les mêmes horaires que moi.
Un matin cependant, des pas font grincer l'escalier et se doublent bientôt d'une silhouette emmitouflée passant furtivement devant la porte du salon avant de se diriger sans s'arrêter vers celle de l'entrée. Dehors, une limousine attend qui, sitôt qu'elle y prend place, fait le tour de la maison pour s'éloigner en silence, filant droit par l'allée enneigée jusqu'à devenir un point qui disparaît (j'ai alors l'image d'une scène du même genre dans le Stavisky de Resnais, il faudrait vérifier...).
Le soir venu, la chambre à côté de la mienne est de nouveau inoccupée.
PS : rentré en France, je lirai que Jeanne Moreau et Joyce Carol Oates, professeur à Princeton, travaillent ensemble à un projet de film, mais il ne semble pas que celui-ci ait jamais été réalisé...

vendredi 6 novembre 2009
jeudi 5 novembre 2009
Camera Obscura
Los Angeles,novembre 2008
La "Camera Obscura" de Santa Monica est au 1450 Ocean Avenue. Pour y accéder, il faut entrer dans le Palisades Park Senior Recreation Center, tourner à droite, demander la clé à l'accueil en échange d'une pièce d'identité, revenir sur ses pas et monter quelques marches.
La porte soigneusement refermée derrière soi, on peut alors jouer tranquillement avec le petit gouvernail qui oriente "l'œil" de la machine et permet de balayer circulairement le quai, la plage et, au loin, le pier.
On scrute des images tremblées à la profondeur de champ inhabituelle, on voit les palmiers tout proches s'agiter en silence, on laisse le temps s'étirer et on pense à Aberlardo Morell.
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